Du Multidictionnaire et de la logique des enfants…

Marie-Éva de Villers, auteure du Multidictionnaire de la langue française, a récemment écrit une lettre au Devoir pour reprocher au chroniqueur David Desjardins l’usage du mot canne au lieu de boîte de conserve dans une de ses chroniques. Comme cette chronique de Desjardins reproduisait un dialogue qu’il a eu avec sa fille, madame de Villers s’est inquiétée de la qualité de la langue que le chroniqueur transmettait à son enfant:

Nous savons que l’acquisition du langage se fait d’abord au sein de la famille. Pour un enfant, la langue des parents est exemplaire, et ce, d’autant plus que le père en question a pour profession d’écrire et que ses chroniques font l’objet d’une large diffusion. Si ce locuteur prestigieux emploie le mot canne pour nommer une boîte de conserve, c’est que ce terme est juste certainement, pensera sa fille.

David Desjardins a magistralement répondu à cette critique ici, mais je ne peux m’empêcher d’ajouter mon grain de sel en complément. Voyons donc ce que madame de Villers, grâce à son dictionnaire, transmet aux enfants au sujet de la langue. Continuer la lecture

Publié dans Linguistique, Société québécoise, Sociolinguistique | 4 commentaires

De l’Académie, du pouvoir et des justifications merdiques…

Eh bien voilà. L’Académie française a tranché. Auteure est un barbarisme, tout comme chercheure et professeure. La féminisation des noms de métiers a été rejetée du revers de la main par les Immortels. Au nom de la logique. Au nom de l’usage.

Ben voyons. Continuer la lecture

Publié dans Linguistique, Société québécoise, Sociolinguistique | 7 commentaires

De la nécessité de communiquer avec la Francophonie…

J’ignore si les gens qui argumentent avec moi sur les sujets dont je traite dans ce blogue le savent, mais la majorité de leurs arguments sont éculés au point d’en devenir banals. On brandit la menace de disparition du français, on associe le français québécois familier au misérabilisme, etc. C’est toujours la même rengaine.

Un lecteur a récemment laissé ce commentaire au sujet de l’expression bon matin:

Et vous savez également que si les Canadiens français et les Québécois continuent d’utiliser des tournures non idiomatiques, et de parler ou d’écrire en «traduidu», aucun francophone ou francophile ne nous comprendra en France, en Belgique, en Suisse, en Côte d’Ivoire, en Nouvelle-Calédonie, en Guinée française, en Martinique, au Liban, à Madagascar, aux Seychelles, au Sénégal, etc.

Continuer la lecture

Publié dans Linguistique, Société québécoise, Sociolinguistique | 17 commentaires

De la sous-langue inventée…

Ça fait ça à chaque fois. C’est immanquable. Un cinéaste québécois fait parler ses personnages en français québécois familier et PAF!, il y a quelqu’un qui écrit un article pour dénoncer la piètre qualité de la langue. Ici*, c’est Christian Dufour, qui critique la langue utilisée dans Mommy de Xavier Dolan. Continuer la lecture

Publié dans Linguistique, Société québécoise, Sociolinguistique | Un commentaire

De la langue française et du petit salon de ma grand-mère…

J’en ai déjà parlé ici. La langue française a été lingua franca au XVIIIe siècle. Elle a été la langue utilisée par les gens de langues maternelles différentes pour communiquer entre eux. Si l’on pouvait comparer les époques, on dirait qu’elle a occupé la même position qu’occupe aujourd’hui l’anglais. Mais on peut difficilement comparer les époques. Continuer la lecture

Publié dans Linguistique | Laisser un commentaire

De la créolisation du français québécois…

(Ce texte a été publié dans la section Courrier du Journal de Québec)

Le style et les propos de Mathieu Bock-Côté le classent parmi les intellectuels. Et intellectuel, il l’est. Docteur en sociologie, il déplore d’ailleurs souvent, à raison, le mouvement d’anti-intellectualisme qui sévit au Québec.

On peut reprocher bien des choses au monde universitaire. Il est cependant régit par certains principes desquels il est difficile de déroger. Par exemple, on peut difficilement utiliser des concepts sans en avoir vérifié le sens. Il est fort à parier que, dans son monde universitaire, monsieur Bock-Côté répond bien à cette règle. Il semble cependant faire preuve d’un certain laisser-aller lorsqu’il écrit dans le Journal de Montréal. Continuer la lecture

Publié dans Linguistique | 2 commentaires

De la difficulté de la langue française…

Le 16 mai dernier, Christian Rioux a commenté les propos de la ministre de la culture, Hélène David, au sujet de la difficulté de la langue française, propos qui allaient comme suit:

J’vous jure que c’est pas facile, les épreuves uniformes de français. On peut-tu commencer par relire nos courriels et se dire qu’on n’a pas fait de fautes […]. C’t’une langue difficile, le français.

Je tiens à dire d’entrée de jeu que je suis moi-même un peu découragée qu’une ministre parle ainsi. En effet, la position qu’elle occupe exigerait d’elle qu’elle soit capable de maîtriser les règles du registre soigné et de l’écrit et, surtout, qu’elle en fasse la promotion. Continuer la lecture

Publié dans Linguistique, Société québécoise, Sociolinguistique | 2 commentaires

De la langue des enfants, de l’économie linguistique et des traditions…

C’est toujours un plaisir d’observer un enfant acquérir sa langue maternelle. Il s’empare des règles internes de la langue et les manipule jusqu’à ce que le résultat donne quelque chose de compréhensible. Ce n’est pas rare qu’il invente des formes. Par exemple, je me souviens de ma cousine (oui oui, Julie, c’est de toi que je parle!) qui, vers deux ou trois ans, m’avait demandé de la déprocher de la table. Ma fille, vers quatre ans, a compris que ce que nous prononcions capab’, était en fait capable. Elle a alors fait une généralisation et s’est mise à porter des robles et à jouer avec des cubles. Elle a encore, à 6 ans et demi, quelques traits que je ne me résigne pas à lui corriger. Elle antépose encore l’adjectif spécial, au lieu de le postposer. Elle parlera donc d’une spéciale maison, comme elle parle d’une belle maison ou d’une grande maison. Je vais lui laisser cette forme le plus longtemps possible… Continuer la lecture

Publié dans Linguistique, Sociolinguistique | 2 commentaires

De la Saint-Valentin…

C’est à la St-Valentin, l’an dernier, que mon grand frère est entré au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke… pour ne plus jamais en ressortir. C’est à la St-Valentin, l’an dernier, qu’il a été mis sous sédatif… pour ne plus jamais se réveiller. Le 3 mars prochain, ce sera l’anniversaire de son décès. Mais c’est à la St-Valentin que tout a commencé à finir… Continuer la lecture

Publié dans Varia | 5 commentaires

De la colère du point, ou du flagrant délit d’évolution du code graphique…

Le point est fâché. Lorsqu’on l’utilise dans les textos ou dans les autres médias de communication instantanée, il est souvent interprété comme de la colère ou, à tout le moins, de l’agacement. On peut d’ailleurs lire à ce sujet ici.

C’est tout à fait génial. Continuer la lecture

Publié dans Linguistique, Sociolinguistique | 3 commentaires