De la langue des enfants, de l’économie linguistique et des traditions…

C’est toujours un plaisir d’observer un enfant acquérir sa langue maternelle. Il s’empare des règles internes de la langue et les manipule jusqu’à ce que le résultat donne quelque chose de compréhensible. Ce n’est pas rare qu’il invente des formes. Par exemple, je me souviens de ma cousine (oui oui, Julie, c’est de toi que je parle!) qui, vers deux ou trois ans, m’avait demandé de la déprocher de la table. Ma fille, vers quatre ans, a compris que ce que nous prononcions cabab’, était en fait capable. Elle a alors fait une généralisation et s’est mise à porter des robles et à jouer avec des cubles. Elle a encore, à 6 ans et demi, quelques traits que je ne me résigne pas à lui corriger. Elle antépose encore l’adjectif spécial, au lieu de le postposer. Elle parlera donc d’une spéciale maison, comme elle parle d’une belle maison ou d’une grande maison. Je vais lui laisser cette forme le plus longtemps possible… Continuer la lecture

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De la Saint-Valentin…

C’est à la St-Valentin, l’an dernier, que mon grand frère est entré au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke… pour ne plus jamais en ressortir. C’est à la St-Valentin, l’an dernier, qu’il a été mis sous sédatif… pour ne plus jamais se réveiller. Le 3 mars prochain, ce sera l’anniversaire de son décès. Mais c’est à la St-Valentin que tout a commencé à finir… Continuer la lecture

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De la colère du point, ou du flagrant délit d’évolution du code graphique…

Le point est fâché. Lorsqu’on l’utilise dans les textos ou dans les autres médias de communication instantanée, il est souvent interprété comme de la colère ou, à tout le moins, de l’agacement. On peut d’ailleurs lire à ce sujet ici.

C’est tout à fait génial. Continuer la lecture

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De mes études doctorales, ou du rapport entre le créole haïtien et les français nord-américains…

J’attendais d’en avoir la confirmation avant d’en parler ici. C’est maintenant officiel: je suis étudiante au doctorat à l’Université Paris Sorbonne (Paris IV), sous la direction du linguiste André Thibault.

Je fais une analyse comparative du créole haïtien et des français nord-américains dans le but de contribuer à la reconstitution du français de l’époque coloniale. Je me permets ici de coller un extrait du projet que j’ai soumis lors de ma demande d’admission. Pour ne pas surcharger ce billet, je ne joindrai pas la bibliographie, mais, évidemment, je me ferai un plaisir de fournir les références nécessaires si besoin est. Continuer la lecture

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Du tutoiement des Québécois et des linguistes d’estrades…

Plusieurs amis ont partagé avec moi cet article de Pascal Henrard.  Je ne désire pas répondre systématiquement à ce texte, dans lequel monsieur Henrard confond manifestement anglophonie et américanité. Je m’en tiendrai à cette affirmation:

Le «tu» utilisé à tout vent est bien sûr la traduction trop littérale du you si convivial.

«Bien sûr», dit-il. Continuer la lecture

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Du français du XVIIe…

«Au Québec, on parle le français du XVIIe siècle.» J’ai récemment lu ce commentaire dans une conversation sur Facebook. Il est habituellement émis pour prendre la défense du français québécois, alors, en soi, je ne devrais pas m’en formaliser, puisque je suis moi-même une farouche défenderesse du français d’ici.

Et pourtant. Continuer la lecture

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De l’orthographe des mots familiers…

Le chroniqueur culturel du magazine L’actualité, André Ducharme, a publié récemment un billet dans lequel il reproche au groupe de folklore québécois Garoche ta sacoche l’orthographe du mot garrocher:

Le Dictionnaire de la langue québécoise de Léandre Bergeron met deux « r » à « garroche », mais bon on peut faire de la musique et ne pas savoir orthographier un verbe (les auteures-compositrices-interprètes auraient pu faire l’effort d’ouvrir Le Petit Robert – ne commençons pas à pinailler).

Justement, pinaillons! Continuer la lecture

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De l’atrophie lexicale…

Dans mon dernier billet, j’ai fait l’apologie du registre familier. Un lecteur a laissé le commentaire suivant:

Ne pensez-vous pas que la capacité à manier différents registres permet de s’exprimer avec plus de précision ? Il me semble qu’il est difficile d’élaborer une pensée construite et argumentée en ayant un vocabulaire limité.

Il est certain que la capacité à manier différents registres est avantageuse, et je ne crois pas avoir jamais fait la promotion de l’emploi exclusif du registre familier. De plus, il faudrait bien garder à l’esprit que lorsqu’on parle de « manier différents registres », on parle de plusieurs registres, et non pas du seul registre soigné. Car si un locuteur qui ne maîtrise pas le registre soigné peut se trouver en difficulté dans une situation qui exige ce registre, le contraire est aussi vrai: on peut très bien être mal pris si on n’est pas capable de parler au registre familier quand la situation l’exige. Continuer la lecture

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Du registre familier, des sujets sérieux et de kekun…

Les lecteurs assidus de ce blogue auront depuis quelque temps compris que l’une des lignes directrices de ma réflexion sur le français québécois sont les registres de langue. Je crois que si les registres de langue étaient correctement présentés, une bonne partie des problèmes d’insécurité linguistique au Québec trouveraient leur solution. Si les gens responsables de la norme prescriptive ajoutaient, simplement, à leurs remarques, que ces remarques ne s’appliquent que dans un contexte de registre soigné, beaucoup de Québécois arrêteraient de se penser hors-la-loi quand, dans leur vie quotidienne, ils callent une pizza au lieu de la commander ou qu’ils comprennent pas pantoute au lieu de ne rien comprendre. Continuer la lecture

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De mon grand frère, la suite, ou de mon devoir d’indignation…

Cela fait trois mois, aujourd’hui, que mon frère est mort.

La douleur est moins aiguë, mais elle est toujours présente. Je ne crois pas qu’elle s’en ira jamais. Par contre, depuis que j’ai pris conscience que le deuil est un état, et non un processus, je me porte un peu mieux. J’ai cessé d’attendre que tout cela passe, je travaille plutôt à m’y habituer. « On n’oublie rien de rien, on s’habitue, c’est tout » disait Jacques Brel… Continuer la lecture

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