De la créolisation du français québécois…

(Ce texte a été publié dans la section Courrier du Journal de Québec)

Le style et les propos de Mathieu Bock-Côté le classent parmi les intellectuels. Et intellectuel, il l’est. Docteur en sociologie, il déplore d’ailleurs souvent, à raison, le mouvement d’anti-intellectualisme qui sévit au Québec.

On peut reprocher bien des choses au monde universitaire. Il est cependant régit par certains principes desquels il est difficile de déroger. Par exemple, on peut difficilement utiliser des concepts sans en avoir vérifié le sens. Il est fort à parier que, dans son monde universitaire, monsieur Bock-Côté répond bien à cette règle. Il semble cependant faire preuve d’un certain laisser-aller lorsqu’il écrit dans le Journal de Montréal. Continuer la lecture

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De la difficulté de la langue française…

Le 16 mai dernier, Christian Rioux a commenté les propos de la ministre de la culture, Hélène David, au sujet de la difficulté de la langue française, propos qui allaient comme suit:

J’vous jure que c’est pas facile, les épreuves uniformes de français. On peut-tu commencer par relire nos courriels et se dire qu’on n’a pas fait de fautes […]. C’t’une langue difficile, le français.

Je tiens à dire d’entrée de jeu que je suis moi-même un peu découragée qu’une ministre parle ainsi. En effet, la position qu’elle occupe exigerait d’elle qu’elle soit capable de maîtriser les règles du registre soigné et de l’écrit et, surtout, qu’elle en fasse la promotion. Continuer la lecture

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De la langue des enfants, de l’économie linguistique et des traditions…

C’est toujours un plaisir d’observer un enfant acquérir sa langue maternelle. Il s’empare des règles internes de la langue et les manipule jusqu’à ce que le résultat donne quelque chose de compréhensible. Ce n’est pas rare qu’il invente des formes. Par exemple, je me souviens de ma cousine (oui oui, Julie, c’est de toi que je parle!) qui, vers deux ou trois ans, m’avait demandé de la déprocher de la table. Ma fille, vers quatre ans, a compris que ce que nous prononcions capab’, était en fait capable. Elle a alors fait une généralisation et s’est mise à porter des robles et à jouer avec des cubles. Elle a encore, à 6 ans et demi, quelques traits que je ne me résigne pas à lui corriger. Elle antépose encore l’adjectif spécial, au lieu de le postposer. Elle parlera donc d’une spéciale maison, comme elle parle d’une belle maison ou d’une grande maison. Je vais lui laisser cette forme le plus longtemps possible… Continuer la lecture

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De la Saint-Valentin…

C’est à la St-Valentin, l’an dernier, que mon grand frère est entré au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke… pour ne plus jamais en ressortir. C’est à la St-Valentin, l’an dernier, qu’il a été mis sous sédatif… pour ne plus jamais se réveiller. Le 3 mars prochain, ce sera l’anniversaire de son décès. Mais c’est à la St-Valentin que tout a commencé à finir… Continuer la lecture

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De la colère du point, ou du flagrant délit d’évolution du code graphique…

Le point est fâché. Lorsqu’on l’utilise dans les textos ou dans les autres médias de communication instantanée, il est souvent interprété comme de la colère ou, à tout le moins, de l’agacement. On peut d’ailleurs lire à ce sujet ici.

C’est tout à fait génial. Continuer la lecture

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De mes études doctorales, ou du rapport entre le créole haïtien et les français nord-américains…

J’attendais d’en avoir la confirmation avant d’en parler ici. C’est maintenant officiel: je suis étudiante au doctorat à l’Université Paris Sorbonne (Paris IV), sous la direction du linguiste André Thibault.

Je fais une analyse comparative du créole haïtien et des français nord-américains dans le but de contribuer à la reconstitution du français de l’époque coloniale. Je me permets ici de coller un extrait du projet que j’ai soumis lors de ma demande d’admission. Pour ne pas surcharger ce billet, je ne joindrai pas la bibliographie, mais, évidemment, je me ferai un plaisir de fournir les références nécessaires si besoin est. Continuer la lecture

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Du tutoiement des Québécois et des linguistes d’estrades…

Plusieurs amis ont partagé avec moi cet article de Pascal Henrard.  Je ne désire pas répondre systématiquement à ce texte, dans lequel monsieur Henrard confond manifestement anglophonie et américanité. Je m’en tiendrai à cette affirmation:

Le «tu» utilisé à tout vent est bien sûr la traduction trop littérale du you si convivial.

«Bien sûr», dit-il. Continuer la lecture

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Du français du XVIIe…

«Au Québec, on parle le français du XVIIe siècle.» J’ai récemment lu ce commentaire dans une conversation sur Facebook. Il est habituellement émis pour prendre la défense du français québécois, alors, en soi, je ne devrais pas m’en formaliser, puisque je suis moi-même une farouche défenderesse du français d’ici.

Et pourtant. Continuer la lecture

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De l’orthographe des mots familiers…

Le chroniqueur culturel du magazine L’actualité, André Ducharme, a publié récemment un billet dans lequel il reproche au groupe de folklore québécois Garoche ta sacoche l’orthographe du mot garrocher:

Le Dictionnaire de la langue québécoise de Léandre Bergeron met deux « r » à « garroche », mais bon on peut faire de la musique et ne pas savoir orthographier un verbe (les auteures-compositrices-interprètes auraient pu faire l’effort d’ouvrir Le Petit Robert – ne commençons pas à pinailler).

Justement, pinaillons! Continuer la lecture

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De l’atrophie lexicale…

Dans mon dernier billet, j’ai fait l’apologie du registre familier. Un lecteur a laissé le commentaire suivant:

Ne pensez-vous pas que la capacité à manier différents registres permet de s’exprimer avec plus de précision ? Il me semble qu’il est difficile d’élaborer une pensée construite et argumentée en ayant un vocabulaire limité.

Il est certain que la capacité à manier différents registres est avantageuse, et je ne crois pas avoir jamais fait la promotion de l’emploi exclusif du registre familier. De plus, il faudrait bien garder à l’esprit que lorsqu’on parle de « manier différents registres », on parle de plusieurs registres, et non pas du seul registre soigné. Car si un locuteur qui ne maîtrise pas le registre soigné peut se trouver en difficulté dans une situation qui exige ce registre, le contraire est aussi vrai: on peut très bien être mal pris si on n’est pas capable de parler au registre familier quand la situation l’exige. Continuer la lecture

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