De l’emprunt…

De tout temps, les langues se sont influencées les unes les autres. Ces influences ont parfois été dues aux conquêtes, mais, plus souvent, elles sont dues au simple fait que deux peuples de langues maternelles différentes entrent en contact l’un avec l’autre.

Le phénomène de l’emprunt en langue n’est donc pas nouveau.  Il suffit d’ailleurs de consulter la section «étymologie» du Petit Robert en ligne (recherche par critères) pour se faire une idée du nombre de langues qui ont influencé le français au cours de son histoire.  Et encore, on n’y voit que les mots qui sont encore répertoriés dans l’ouvrage.

Quelles sont les raisons qui poussent les locuteurs d’une langue à emprunter un mot à une autre langue? La plus simple est le besoin: on se trouve devant une nouvelle réalité qu’on ne saurait nommer.  Par exemple, le mot caribou, emprunté à une langue amérindienne. En général, c’est ce genre d’emprunt qui est le mieux accepté.

Mais on peut emprunter des mots (ou des expressions) à une autre langue pour des raisons de style.  Durant la Renaissance, le français a emprunté un très grand nombre de mots à l’italien.  Certains ont même supplanté le mot français déjà existant (moustache, qui vient de l’italien mustaccio, a supplanté le mot français grenon).  Aujourd’hui, une bonne partie de ces mots empruntés à l’italien sont disparus de l’usage.

C’est donc dire qu’il ne faut pas confondre la raison pour laquelle une langue emprunte un mot à une autre et la raison pour laquelle ce mot demeure dans la langue. Car les modes évoluent, les besoins évoluent et, donc, les langues évoluent.  Quand un mot n’est plus utile, il disparaît.  Il suffit de penser au vocabulaire du maréchal ferrant, qui, quoique fort riche, n’en est pas moins tombé dans l’oubli.

J’en arrive donc à ce constat: une langue n’est pas en danger lorsqu’elle emprunte un mot à une autre langue.  Une langue est en danger lorsque les locuteurs arrêtent de la parler. Emprunter un mot à une autre langue, c’est s’enrichir d’une nouvelle unité.  Et peu importe s’il existe déjà un autre mot pour nommer le concept. Au pire, l’un des deux disparaîtra, au mieux, on aura deux synonymes avec une variation de registre.

Que le français emprunte de nombreux mots à l’anglais, donc, ne le met pas plus en danger qu’il ne l’a été à l’époque de la Renaissance.  Au fil du temps, le français conservera les mots utiles et se débarrassera des autres.

Le problème, c’est que les changements linguistiques se font si lentement qu’une vie humaine ne suffit pas pour les voir s’opérer dans toute leur ampleur.  Étudier l’histoire de sa langue permet donc de cerner la dynamique du système.

Car, avouons-le: nous comprenons plus de choses, nous maîtrisons plus de concepts, mais, en fin de compte, c’est toujours la même eau qui coule, comme disait Sardou…

 

 

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