De week-end…

Parlons de week-end… Le mot a fait une montée en flèche récemment. Il serait intéressant de faire une recherche sur le nombre d’attestations de ce mot dans les médias depuis une dizaine d’années…

Comprenons bien.  Je ne considère pas les anglicismes comme étant mauvais.  Ce qui m’irrite dans la montée de la popularité du mot week-end c’est que, justement, l’idée généralement admise au Québec est que les anglicismes sont mauvais!

Certains diront que je devrais me réjouir: le fait qu’on accepte week-end est la preuve que l’idée que tous les anglicismes sont mauvais est fausse.  Ce qui amène de l’eau à mon moulin!

Mais le fait qu’on accepte week-end n’est pas la preuve qu’on se soit enfin rendu compte qu’anglicisme n’est pas synonyme de faute… Le fait qu’on accepte week-end est la preuve d’un autre phénomène: celui de la profonde insécurité linguistique des Québécois par rapport à la France.  En fait, c’est comme si le mot avait été dédouané par la France.  Ce serait donc maintenant un bon anglicisme, puisqu’il aurait reçu l’imprimatur français! Et on ne verrait aucun mal à reléguer notre bon vieux fin de semaine au registre familier.

Je n’ai donc rien contre le mot lui-même.  J’en ai contre la raison sous-jacente pour laquelle on l’emploie au Québec depuis quelques temps, et contre le résultat de cet emploi: fin de semaine, qu’on employait ici, qui était adéquat dans n’importe quel registre de langue, est maintenant rétrogradé au registre familier, et ce, au profit d’un mot… d’origine anglaise!

Et portez bien attention!  Shopping s’en vient…

 

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8 réponses à De week-end…

  1. Paul Gutman dit :

    L’utilisation du mot « week-end » de la part des animateurs québécois à la télé et à la radio est, pour moi, un exemple de la pire hypocrisie. Ah oui! Évitons les anglicismes québécois à tout prix au nom de la pureté linguistique, mais si un anglicisme a vu le jour en France, accueillons-le avec les bras ouverts! Belle attitude, la nôtre! Franchement, ça me dégoûte, et avec raison! Bonne fin de semaine à tous et à toutes…

  2. Mariko Ayotte dit :

    J’ai suivi votre cours « Histoire de la langue française : événements, lieux, enjeux » à la session d’hiver passée et, depuis ce temps, je m’insurge de temps à autre contre des commentaires sur la langue que j’entends.

    Voici l’adresse d’une capture d’écran que j’ai fait sur un ordinateur de la bibliothèque de l’université Laval alors que je vérifiais mes fautes avec le logiciel Antidote :

    http://i49.servimg.com/u/f49/14/09/23/11/fin_de10.png

    J’ai été choquée… Est-ce normal ?

  3. Anne-Marie Beaudoin-Bégin dit :

    C’est normal que vous ayez été choquée! Ce n’est plus seulement anglicisme qui est le nom d’une faute, mais aussi québécisme!!! Eh, misère…

  4. Paul Gutman dit :

    Un québécisme n’est pas une faute. C’est un mot particulier du français québécois, et ce n’est pas plus fautif qu’un belgicisme, un helvétisme, ou un régionalisme de quelque part en France. Donc, si « fin de semaine » est un québécisme, j’en suis fier! Encore une fois, bonne fin de semaine, et vivent les particularités du français québécois.

  5. Anne-Marie Beaudoin-Bégin dit :

    Tout à fait! Par ailleurs, un québécisme peut ne pas seulement être un mot, ça peut être un sens, un trait morphologique, un trait syntaxique, un trait phonétique… C’est pourquoi je préfère toujours parler de forme plutôt que de mot

  6. Vue par la voix dit :

    Encore une fois, merci d’exprimer si bien mon opinion. Il y a pire: je me souviens aussi clairement que si c’était hier que dans un cours de français au cégep de Ste-Foy intitulé, je crois, « langue administrative et technique », dans le Colpron édité cette année-là l’expression « fin de semaine » était indiquée comme un anglicisme et qu’on suggérait… week-end pour la remplacer. Le mot « orgie » dans le sens sexuel du terme recevait le même traitement. Je m’en souviens, parce que j’avais eu de vives discussions avec l’enseignant à ce sujet (je n’ai jamais accepté l’argument « c’est dans le manuel, donc c’est vrai » que m’ont souvent servie les profs; j’étais une élève modèle mais difficile…). Pour « orgie », j’ai apporté mon petit Robert en classe et la question fut réglée. Quant à « fin de semaine », je considérais n’avoir pas à appuyer mon argumentation sur de telles preuves. Je trouvais aberrant qu’on puisse croire que les Espagnols (fin de semana) et les Brésiliens (fim de semana), entre autres, aient le droit d’utiliser une expression formée de mots la décrivant mais que nous, pauvres francophones, devions utiliser l’anglais. Vraiment, j’étais hors de moi.
    10 ans plus tard, quand je me procurai le Colpron à nouveau, je constatai que les deux entrées avaient disparu. Aujourd’hui encore, j’aime me faire croire que c’est grâce à moi…

  7. Anne-Marie Beaudoin-Bégin dit :

    Le Multidictionnaire est parsemé de ce genre de choses. Par exemple, tuxedo y est condamné au profit de smoking et carré (comme dans carré d’Youville), au profit de square.

    Je me permettrai un note plus positive: il faut écouter Astérix et les Bretons durant les fêtes! On y emploie fin de semaine (weekend devait décidément être trop anachronique!)…

  8. Vanessa Simard dit :

    Je suis en France depuis près de 6 mois et j’ai pu constater que « fin de semaine » n’est majoritairement plus compris dans le sens où nous l’employons au Québec. Nous sommes une dizaine de Québécois ici et nous nous sommes tous fait reprendre… En employant « fin de semaine », il est souvent entendu que nous parlons de la fin de la semaine, soit de jeudi et de vendredi. Sinon, quand les gens comprennent que nous parlons du « weekend », ils nous corrigent: « on ne dit pas cela! » C’est un peu triste, mais je garde quand même obstinément mon bon vieux « fin de semaine »…
    Petite consolation aujourd’hui: j’ai reçu un courriel d’un professeur qui terminait en disant « bonne fin de semaine ». Bon, c’est un médiéviste, mais quand même!

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