Des anglicismes…

Qu’ont en commun les mots emphase, académique, définitivement, alternative et opportunité?  Ils possèdent tous un ou des sens critiqués, voire condamnés, par la norme prescriptive.  Bien que j’aie quelques réserves au sujet de la pertinence de ces critiques*, rien ne me permet de contester le principe même de la critique normative.  Du moment que l’on accepte qu’une valeur sociale positive est accordée à un registre de langue donné, on se doit d’accepter que certaines règles le régissent pour le distinguer des autres, moins valorisés, et ce, que l’on soit d’accord ou non avec les critiques elles-mêmes.

Ce qui m’agace avec ces mots, c’est qu’on les condamne en invoquant le fait qu’ils soient des anglicismes.  Si je ne m’en tenais qu’à des questions strictes de terminologie, je dirais qu’anglicisme est une marque d’origine et ne peut, ainsi, constituer une marque normative.  Mais réfléchissons un peu plus avant… Tenons pour acquis que les anglicismes sont condamnables.  C’est donc dire que les mots (ou les sens) d’origine anglaise sont condamnables.  Que fait-on alors de budget, jury, nord, sud, est, ouest, confortable, romantique, congrès, partenaire, humour? Doit-on les condamner eux aussi?  Ils sont bel et bien des emprunts à l’anglais! Et Internet, weekend, flirter, jogging…?

Serait-ce à dire qu’il y a de bons et de mauvais anglicismes? Comment le locuteur moyen peut-il prendre au sérieux un discours normatif qui, d’un côté, condamne systématiquement une catégorie de mots et qui, de l’autre, accepte une kyrielle d’autres mots qui appartiennent à cette catégorie?  Et il n’est pas question, ici, du concept même de l’emprunt qui sera, lui aussi, traité dans un billet à venir.  Il est question de la pertinence de la raison pour laquelle on condamne les mots emphase, académique, définitivement, alternative et opportunité.

En réalité, ces mots devraient être condamnés pour les mêmes raison que besoinner, surprenance ou gustativité le sont: parce que c’est comme ça, point.  Comme je l’ai dit dans le précédent billet, pourquoi chercher des justifications pseudo-logiques à des critiques normatives alors qu’un simple constat suffit: c’est comme ça parce que la norme l’a décidé ainsi!

* Elles seront l’objet d’un prochain billet.

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