Des communications instantanées…

On critique souvent le code employé dans les communications instantanées. Certains parlent de « langue dénaturée », de « langage perverti » et, même, de « nouvelle langue »!

Je trouve la dernière appellation particulièrement représentative de la mauvaise connaissance que certaines personnes ont de leur réalité linguistique. Soyons clairs: l’écriture n’est pas la langue.  Ce n’est qu’un code inventé pour représenter la langue graphiquement. Un nouveau code, c’est-à-dire une nouvelle représentation graphique, n’est pas synonyme d’une nouvelle langue.

Cela dit, voyons maintenant les autres jugements négatifs associés  au code employé dans les communications instantanées. Réfléchissons d’abord à la raison principale pour laquelle les utilisateurs de ce genre de communications adoptent ce code dit perverti: l’économie. Il existe d’autres systèmes d’écriture qui font appel à cette économie. Le système des télégraphes, par exemple.  On écrivait en morse, chaque caractère était laborieux, on se devait donc d’utiliser un code des plus simples.   Bref, l’idée d’utiliser un code simplifié pour des raisons d’économie n’est pas nouvelle et, que je sache, personne n’a jamais qualifié le code télégraphique de « langue dénaturée »…

La principale différence entre le système des télégraphes et celui utilisé dans les communications instantanées est la diffusion. Si le système télégraphique était réservé à une minorité de la population, celui des communications instantanées est accessible à tous. Beaucoup le perçoivent même comme une épidémie.

Mais je pense que les raisons fondamentales qui font que ce code simplifié soit à ce point jugé négativement sont plus profondes que le simple fait qu’il soit épidémique.

Une des raisons est générationnelle: le code instantané est majoritairement employé par les jeunes, catégorie sociale que tous ceux qui en sont exclus peuvent se permettre de critiquer. On le sait, on a tous déjà été jeune et on a tous déjà été la cible des critiques de ceux qu’on appelait les vieux.

L’autre raison, qui est à mon avis la plus importante, est la suivante: nous sommes en présence d’une révolution linguistique. Rien de moins! La barrière entre l’oral et l’écrit, barrière jusqu’ici infranchissable, a été franchie.  On peut maintenant se permettre d’écrire comme on parle, avec toute l’économie linguistique que l’oral implique.

L’exemple parfait pour illustrer ce phénomène d’économie linguistique est le ne de négation. Ce ne est inutile du point de vue du sens.  Pourquoi, en effet, utiliser deux marques pour exprimer la négation, alors qu’une seule suffit? La preuve qu’il est inutile, c’est qu’il est disparu presque partout à l’oral (sauf dans les situations les plus formelles*). Le code instantané l’a donc éliminé, lui aussi.

C’est donc dire qu’avec les communications instantanées, on a maintenant le loisir (voire la permission!) d’employer le registre familier à l’écrit, registre qui était jusqu’ici réservé à l’oral. Il s’agit bel et bien d’une révolution!  Et les jugements négatifs sont compréhensibles.  C’est que les règles sociales sont bousculées.  Les limites qui étaient jusqu’ici bien définies et bien respectées sont maintenant floues et outrepassées.

Mais est-ce à ce point négatif?

Là où le bât blesse, c’est lorsque ce code instantané est employé dans un contexte inapproprié. Car si les limites entre l’oral et l’écrit ont été franchies, il demeure tout de même des situations où les règles de l’écrit, appelons-le normatif, se doivent d’être respectées.  Bien des gens semblent l’oublier.  Mais est-ce la faute du code instantané?

C’est, en fait, une question d’éducation.  Sans pour autant dénigrer ce code instantané (action inutile et stérile), on se doit d’enseigner à ses utilisateurs que son emploi n’est pas adéquat en tout temps. Penser le contraire serait comme penser que le responsable du télégraphe écrivait des lettres d’amour à sa douce en style… télégraphique!

*J’emploie ici, à dessein, formel, qui est un « anglicisme », car l’équivalent proposé (officiel) ne me satisfait pas… Appelons cela de la licence poétique!

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