Du métier d’enseignant…*

Il y a quelques années, du temps où j’en prenais encore le temps, je me faisais un point d’honneur d’écouter l’excellente émission Viens voir les comédiens (ARTV), animée par René Homier-Roy. Je trouvais fascinant d’entendre les grands comédiens québécois décrire leur métier, et encore plus fascinant de voir à quel point, à bien des égards, ce métier de comédien se rapproche de celui d’enseignant…

Car c’est le cas! Le trac avant le spectacle, les petits chatouillements dans l’estomac quand on sent qu’on est dans la « bonne zone », le besoin de capter et de conserver l’attention de l’auditoire…

Cela dit, si l’enseignant n’a pas à faire vivre des émotions comme doit le faire le comédien, il n’a cependant pas non plus le filet que peut représenter le texte mémorisé.  Et si le comédien ne peut se reprendre s’il commet une bévue (au théâtre, du moins), il n’a pas à répondre aux questions de l’auditoire en plein milieu de la représentation, comme doit le faire l’enseignant.

Le bon enseignant, tout comme le bon comédien, doit être animé d’une grande passion.  Passion pour la matière enseignée, d’une part, mais aussi passion pour la transmission des connaissances. Comment, en effet, pourrait-il susciter l’intérêt d’étudiants pour une matière (la plupart du temps inconnue d’eux, donc, de prime abord, aride) qui ne le passionne pas? Car c’est ici toute la question: pour qu’un étudiant réussisse dans une matière, il lui faut plus que la simple volonté d’avoir de bons résultats comme motivation.  Il doit être intéressé par cette matière.

Ce n’est évidemment pas tout le monde qui s’intéresse à toutes les matières enseignées, et l’enseignant se heurte bien souvent à une fermeture d’esprit de la part des étudiants. C’est là que le talent de manipulateur importe (car il s’agit bien de manipulation): l’enseignant doit convaincre l’étudiant de jouer le jeu, d’accepter de l’écouter, d’accepter de s’intéresser à une matière qui lui répugne.  C’est cette partie qui est la plus difficile, car l’enseignant, pour convaincre les plus récalcitrants, doit bien souvent aller puiser dans toutes ses ressources physiques et morales.

Le bon enseignant doit donc, en plus d’être érudit dans la matière qu’il enseigne, être un bon comédien et être un manipulateur passionné…

Le métier d’enseignant est un métier très difficile, car il vient chercher le meilleur de soi. Mais ce métier devient un des plus motivants quand on réussit à faire en sorte de le donner, ce meilleur de soi…

* Je parle ici de l’enseignement universitaire, qui est le seul pour lequel j’aie de l’expérience…

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