Du métier de (socio)linguiste…

On a pu lire récemment l’opinion d’un étudiant en histoire au sujet du fait que l’anglais soit la langue seconde enseignée dans les écoles québécoises. Je traiterai de ce sujet dans mon prochain billet, sans pour autant commenter exhaustivement l’article, car ce serait lui donner trop d’importance.

Cette manie que certaines gens ont de s’accorder des lettres de noblesse et de se prétendre spécialistes linguistiques sous le seul prétexte qu’ils ont une opinion sur la langue m’exaspère depuis longtemps. Je me permettrai donc ici de prêcher pour ma paroisse, puisque beaucoup semblent ignorer l’existence même de cette paroisse…

La linguistique est une science, et le seul fait de réfléchir sur la langue ne fait pas de vous un linguiste.  Le linguiste doit, entre autres, être en mesure d’analyser la langue comme un objet, en passant outre à ses considérations affectives. C’est ce qu’on appelle la conscience métalinguistique. Cette conscience n’est pas aisée à acquérir, puisqu’il faut pour ce faire dépasser les premiers réflexes personnels reliés à la langue, réflexes qui sont des manifestations de l’identité.  Car la langue, ne l’oublions pas, est profondément reliée à l’identité.

Travailler en sociolinguistique est d’autant plus difficile: il s’agit ici d’étudier et d’analyser les rapports qu’a une société avec sa langue.  Pour bien comprendre ces rapport, il faut avoir une profonde connaissance et de la société, et de la langue.  Il est donc compréhensible que, dans la majorité des cas, le sociolinguiste appartienne à la société qu’il analyse, et ait la langue étudiée comme langue maternelle.  Ce sociolinguiste doit donc constamment se battre contre les jugements instinctifs qui lui viennent de son bagage social, pour être en mesure de faire des analyses froides et objectives, sans lesquelles il ne pourrait se prétendre scientifique.

On comprendra donc mon exaspération à voir certaines personnes (non linguistes) y aller de raisonnements à l’emporte-pièce teintés de psychologisme au sujet de la langue. Et on comprendra encore plus mon encore plus grande exaspération à voir que ces personnes sont souvent plus écoutées que les linguistes.  C’est comme accorder plus d’importance à l’opinion du maquilleur qu’à celle du dermatologue pour régler les problèmes d’acné…

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