Des chansons traditionnelles québécoises…

C’est habituellement lorsque l’été se termine et que la grisaille automnale commence à poindre que je ressors ma musique traditionnelle, qui, pour moi, porte également le nom de musique de bonne humeur. C’est alors que défilent sur mon iPod, au grand dam de mes proches, les dondaine laridaine de Rêve du diable et les ziguezon zin zon de La Bottine souriante.

Outre le fait que plusieurs d’entre elles me rappellent mon grand-père, source intarissable de chansons de chantier, ces chansons me fascinent pour leur richesse linguistique.

Elles sont la consécration de l’oralité, l’apologie du français québécois familier, ce français rocailleux et brut qui n’est pas passé à travers le filtre puriste, et qui n’a pas encore subi l’influence centralisatrice des moyens de communication modernes.  La plupart de ces chansons ont été écrites par des gens peu instruits, dont la vie était plus une survie. Les images sont donc simples, voire simplistes, et les mots choisis le sont autant pour leur rythme que pour leur sens.

Cette poésie rustique est bonifiée par la prononciation, quand on a la chance d’avoir des versions, disons, philologiques.  À mon avis, en effet, la phonétique prend autant de place que le rythme et la musique dans les chansons traditionnelles. Et cette phonétique n’est pas accessible à tous. Peu peuvent s’improviser chanteurs de folklore, sans adopter une prononciation empruntée, artificielle. Par exemple, peu sont capables de reproduire la palatalisation du [g] de guerre qu’on peut entendre dans la dernière strophe (« Mais pour un homme de guerre qui a du poil au menton… ») de cette version de La ziguezon zin zon (même pas Yves Lambert!):

Ces traits phonétiques, tout comme beaucoup d’emplois lexicaux, d’ailleurs, sont aujourd’hui stigmatisés. Il est important de le comprendre, pour éviter la folklorisation générale du français québécois, trop souvent présente, avec ses ceintures fléchées et autres bacaisses dans le fond de la boîte à bois… Mais il ne faudrait pas non plus, au nom de la correctivité linguistique, perdre la richesse patrimoniale que nous offrent les chansons traditionnelles.

Les chansons traditionnelles québécoises sont des trésors de culture, cette culture que Lord Durham, du haut de son aristocratie, n’a pas su reconnaître lorsqu’il a affirmé que le peuple canadien était sans histoire et sans littérature…

 

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Une réponse à Des chansons traditionnelles québécoises…

  1. Charles St-Georges dit :

    Quelle richesse! Merci de l’avoir partagée!

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