De l’origine du français québécois (déboulonnage de mythe)…

J’ai toujours aimé lire des articles dans lesquels des spécialistes de différents domaines déboulonnaient des mythes véhiculés par la société (ou par ceux qui parlent sans savoir de quoi ils parlent). J’ai donc décidé d’en faire autant: de temps en temps, je publierai des déboulonnages de mythes sur des sujets touchant la linguistique. Voici le premier, concernant l’origine du français québécois.

Mythe: le français québécois vient de l’ancien français.

Pour plusieurs, cette assertion semble aller de soi. Par exemple, dans le Dictionnaire québécois*, que l’on retrouve en ligne ici, on peut lire en introduction:

Le langage québécois, on s’en doute fort, doit la grande partie de ses origines à l’ancien français.

En linguistique, on distinguera quatre périodes dans l’histoire du français: l’ancien français, le moyen français, le français classique et le français moderne. Sans entrer dans les détails historiques, je dirai que l’ancien français était parlé au Moyen-Âge. Peut-être ai-je de sérieuses lacunes au sujet de l’histoire du Québec, mais il me semble qu’il y avait très peu de Français en Nouvelle-France à cette époque…

Le français québécois a certes conservé plusieurs formes qui ont été attestées dans l’histoire du français et qui sont maintenant disparues du français de référence (astheure, itou, barrer une porte, malcommode, etc.). Mais l’ancien français n’a rien à voir avec l’explication historique de la présence de ces formes en français québécois. Si l’on voulait relier l’une des périodes du français à l’origine du français québécois, on devrait plutôt parler du français classique (et encore: la situation est beaucoup plus complexe que cela). Par ailleurs, si l’on voulait relier l’ancien français à l’origine d’une variété de français, quelle qu’elle soit, étant donné l’histoire coloniale de la France, on devrait dire que toutes les variétés de français modernes tirent leur origine de l’ancien français!

 

*Je ne critiquerai pas ce site plus en détails ici, je le ferai probablement dans un billet ultérieur.

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3 réponses à De l’origine du français québécois (déboulonnage de mythe)…

  1. Michel Séguin dit :

    Billet fort pertinent. J’ajouterais, dans un même ordre d’idées, que les grandes distinctions entre le français québécois et le français européen découlent aussi d’évènements historiques bien précis.

    Soulignons que la colonisation de la Nouvelle-France par des individus de langue maternelle et d’origine différentes a fait en sorte que le français a longtemps été plus et mieux parlé en Nouvelle-France qu’en France, pour des raisons démographiques.

    Toutefois, ce français était le français de la monarchie prérévolutionnaire. Or, la Nouvelle-France, au moment du Traité de Paris, a cessé tous contacts avec la « mère patrie ». Ce n’est que quelques décennies plus tard, à la suite de la révolution et de la création de l’Académie française, que la norme a changée en France. On ne disait plus (« toé » mais « toi », p. ex.). Ce changement n’a pas été appliqué en Nouvelle-France. Il a fallu presque 200 ans avant que les deux communautés linguistiques aient des échanges significatifs, et le Québec garde encore aujourd’hui ses couleurs linguistiques prérévolutionnaires…

  2. Anne-Marie Beaudoin-Bégin dit :

    Merci! Cette affirmation selon laquelle le français de la Nouvelle-France serait le français aristocratique pré-révolutionnaire est cependant très réductrice. Il y a de nombreux exemples qui montrent les multiples facteurs qui ont contribué à sa formation, des différents dialectes au vocabulaire maritime, en passant par le français populaire. Par ailleurs, si je peux me permettre, je dirai que je n’aime pas beaucoup cette idée qu’ici on aurait « mieux » parlé. C’est un jugement de valeur qu’en linguiste sérieuse je ne peux me permettre…

  3. Tu es vraiment passionnante ! Je viens de tomber sur ton blog tout à fait par hasard, en faisant des recherches pour mon dernier billet sur le parler québécois que les Français ne réussiront JAMAIS à imiter. Je viens donc de retirer le petit bout où je disais que le parler québécois vient – en partie – de l’ancien français…

    En tout cas c’est un réel plaisir de te lire. Beaucoup aimé ton article sur le mot « kioute » également. Je ne vois pas de petit rectangle « S’abonner à ma newsletter » ; je mets donc cette mine d’or qu’est ton blog dans mes Favoris, avec la ferme intention de la parcourir dans son intégralité.

    Une nouvelle fan (depuis 15 minutes)

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