De l’élitisme linguistique (suite)…

J’ai récemment publié un billet sur l’élitisme linguistique.  En relisant certains textes pour préparer mes cours, j’ai pris conscience d’un phénomène qui bonifie ma pensée à ce sujet. Dans son texte « Attitudes, préjugés et opinions sur la langue », Marty Laforest s’interroge sur le fait que les locuteurs continuent à utiliser certaines formes, et ce, même si elles sont stigmatisées: « Si tout le monde s’accorde pour condamner telle variété de langue ou tel usage, si même les utilisateurs de moé reconnaissent qu’il vaudrait mieux dire moi, comment expliquer que moé continue à se faire entendre? » (p. 89).

L’auteure répond à cette question en se servant du concept du sentiment d’appartenance. Aux variétés de langue populaires sont généralement associées les qualités de gentillesse, d’humour, de solidarité, etc. Continuer à utiliser des formes caractéristiques de ces variétés de langues – donc, des formes stigmatisées–, c’est continuer à appartenir au groupe, à faire partie d’une unité.

Dans mon texte, j’ai dit que celui qui fait preuve d’élitisme linguistique en veut aux autres membres de l’élite qui, malgré leurs nombreuses années d’étude, continuent à utiliser des formes linguistiques stigmatisées. Il les critique, les dénonce, les ridiculise.

En choisissant de bannir de son langage les formes auxquelles est associée l’appartenance au groupe, l’élitiste linguistique choisit de s’exclure de ce groupe, se privant des avantages qui y sont liés. Il devient alors le plus acharné critique de ceux qui, n’ayant pas fait le même choix que lui, mais appartenant à la même classe sociale, réussissent à avoir le meilleur des deux mondes: celui du groupe populaire et celui de l’élite.

Bien triste doit être la vie de ces élitistes…


LAFOREST, Marty (2002), « Attitudes, préjugés et opinions sur la langue », dans Claude Verreault, Louis Mercier et Thomas Lavoie, (publié par), Le français, une langue à apprivoiser. Textes des conférences prononcées au Musée de la civilisation (Québec, 2000-2001) dans le cadre de l’exposition Une grande langue, le français dans tous ses états, PUL, p. 82-91.

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