De la courtoisie perdue…

On entend souvent parler du fait que de nos jours, la courtoisie n’existe plus. Que les gens ne savent plus vivre. Que les choses devaient être beaucoup mieux « dans le bon vieux temps »…

Il y a quelques années, j’ai découvert le texte suivant, qui date du XIIIième siècle (il est donc écrit en ancien français):

Ne sai que je die (Codex de Montpellier, Motet 185)

Ne sai que je die,
tant voi vilonnie
et orguell et felonnie
monter en haut pris;
toute courtoisie
s’en est si fuïe
k’en tout ce siecle n’a mie
des boins dis
quar ypocrisie
et avarice, s’amie,
les ont si souspris :
ceus qui plus on pris,
joie et compaignie
tienent a folie
més en derriere font pis.

En français moderne, cela donnerait ceci: « Je ne sais plus quoi dire, tant je vois la méchanceté, l’orgueil et la félonie prendre de l’importance; la courtoisie est à ce point disparue que tous, dans ce siècle, n’ont plus cure des bons conseils, car l’hypocrisie et l’avarice, son amie, les ont vaincus: les élites tiennent la joie et la bonne compagnie pour folie, mais, par derrière, font pire. »

Deux réactions sont possibles à la lecture de ce texte.

On peut se dire que l’être humain est fondamentalement mauvais: déjà, au XIIIième siècle, on était désespéré de voir à quel point la bonté avait disparu. Ô damnation, nous sommes destinés à être malheureux.

Mais on peut également se demander si cette bonté, cette courtoisie perdue dont il était question au XIIIième siècle, et dont il est encore question aujourd’hui, a déjà existé.

Lorsque deux interprétations possibles s’offrent à moi, j’ai tendance à choisir celle qui est la plus positive, la moins fataliste. J’opterais donc pour la seconde analyse: de tout temps, les poètes ont pleuré une courtoisie perdue qui n’a jamais existé que dans leur imagination…

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Une réponse à De la courtoisie perdue…

  1. La courtoisie a toujours existé, mais à dose très modérée, pratiquée à travers les siècles que par un petit nombre de gens, de sorte qu’on a toujours l’impression qu’elle est en voie de disparition.
    Cela dit, ce qui m’a accroché l’oeil dans ce billet, c’est ce texte en ancien français. J’aime l’ancien français, je dirais, exagérément. Je lis et relis Ronsard, Villon, Montaigne, Rabelais, aux écrits quand même plus récents de deux ou trois siècles que ce motet, autant pour la justesse de leurs propos que pour la beauté de leur français.

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