De la langue du pâté chinois…

Claude Simard, Professeur retraité de la faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval et Claude Verreault, Professeur au département de langues, linguistique et traduction à l’Université Laval viennent de publier une lettre dans le Devoir, dénonçant le fait que l’Université de Montréal se soit dotée d’un programme de maîtrise en administration en langue anglaise uniquement.

Je n’ai pas l’intention de décortiquer dans ses menus détails ce dossier d’une grande complexité. Je veux simplement souligner le fait que les auteurs ont parlé d’un facteur trop souvent oublié dans les dossiers linguistiques: l’attitude par rapport à la langue.

Pour calmer les craintes que les francophones pourraient avoir à la suite de cette décision de HEC Montréal, Mme Grant allègue qu’en dehors des cours, les étudiants étrangers vivront dans un environnement francophone et qu’on leur servira à la cafétéria du pâté chinois et non du Chinese pie! En plus de relever d’une insondable sottise, cet exemple trahit un profond mépris pour le français et pour les Québécois francophones.

L’image qu’il véhicule de l’une et l’autre langue est ahurissante: d’un côté, l’anglais, langue du savoir, de l’enseignement supérieur, du prestige; de l’autre, le français, langue de la bouffe, du quotidien, de la trivialité. Pour des gens comme Mme Grant, le français au Québec ne servirait donc qu’à nommer le pâté chinois? Quel affront fait à tous ces Québécois qui ont contribué au rayonnement de la langue française dans tant de domaines!

Car au-delà des langues elles-mêmes, il y a les locuteurs et la manière qu’ils ont d’envisager ces langues. Et bien plus que l’emprunt d’un mot ou le calque d’un sens, qui ne sont en fait que des utilisations ponctuelles, le mépris affiché pour une langue peut représenter un danger pour cette langue.

Refuser que l’on méprise le français au Québec ne veut pas dire ignorer que l’anglais est la lingua franca moderne. Mais reconnaître la lingua franca ne veut pas dire discréditer sa propre langue.

Je me permettrai ici de citer Nicholas Ostler qui, dans la préface de son ouvrage The Last Lingua Franca. English Until The Return of Babel, s’exprime en ces termes:

International English is a lingua franca, and by its nature, a lingua franca is a language of convenience. When it ceases to be convenient – however widespread it has been – it will be dropped, without ceremony, and with little emotion.*

Il ne faut pas tout céder à la lingua franca. Car lorsqu’elle cessera de l’être, cette langue ne sera qu’une langue parmi tant d’autres…


* OSTLER, Nicholas (2010), The Last Lingua Franca. English Until The Return of Babel, New York, Walker & Company, p. xv.

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Une réponse à De la langue du pâté chinois…

  1. Nicolas Paillard dit :

    Ce qui est intéressant du débat linguistique au Québec, c’est qu’on nous présente l’anglais comme n’ayant que des avantages et le français des désavantages. Pourtant, quand un vendeur me démonise un produit, je comprends que c’est parce que vendre l’autre est à son avantage…

    Moi, comme citoyen, où se trouve mon avantage? Le choix est fort simple: soit perdre mon identité, soit être autre chose qu’un numéro dans la mer anglophone.

    Pourquoi le Québec se pose-t-il encore la question?

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