Des nouveaux médias (récit autobiographique)…

J’ai trois scolarités de doctorat. Par trois fois, donc, avec trois sujets différents, j’ai tenté de mener à terme mes études de troisième cycle. De nombreuses raisons ont fait que j’ai abandonné. L’une d’elles est mon séjour dans le monde obscur du cynisme, dont j’ai parlé ici. Les autres, plus personnelles, sont teintées de procrastination et de manque de motivation.

Cela fait peu de temps que je n’ai plus à me convaincre que ce ne sont pas des échecs. J’ai réussi à le faire lorsque j’ai enfin compris la raison fondamentale de ces abandons. Je ne suis pas une chercheuse. Je suis une trouveuse. Et quand j’ai trouvé, je deviens une communiqueuse (sic). Depuis toujours, mes recherches sont construites comme des amalgames de petites questions. Aussitôt que j’ai trouvé la réponse à l’une d’elles, mon besoin d’en communiquer la teneur devient si fort que je cesse tout pour tenter de répandre la (bonne?) nouvelle. À ce propos, d’ailleurs, je tiens à saluer bien bas mon cher ami Jean-François Smith, que j’ai littéralement enseveli de courriels et de clavardages infinis tout au long de mes études doctorales, poussée que j’étais de partager les découvertes que je faisais au cours de mes lectures.

La phonétique historique du français, la sociolinguistique historique du français québécois et l’acquisition de la phonétique d’une langue seconde ont été mes trois sujets. Si l’on ajoute à cela ma maîtrise, au cours de laquelle j’ai étudié l’insécurité linguistique, on peut dire que les études ont doté mon arc de plusieurs cordes. Évidemment, j’en sais moins sur chacun de ces sujets que les vrais spécialistes. Mais la communion de tous ces domaines m’a permis d’acquérir une vision holistique de la langue, dont je suis très fière. C’est en toute modestie que je le dis. Car si j’étais incapable de m’avouer cet atout, je serais incapable de ne pas me sentir en situation d’échec.

L’enseignement a su remplir une bonne part de ce besoin presque maladif que j’ai de communiquer mes connaissances et le fruit de mes réflexions. J’ai d’ailleurs longtemps cru que je serais incapable de faire quoi que ce soit d’autre dans la vie. Mais l’enseignement est harassant. Et, autour de l’enseignement, il y a tous les comités, réunions et autres cocktails dînatoires auxquels je me plie difficilement. Disons-le: je suis sauvage. Je suis une communiqueuse, certes, mais une communiqueuse ermite.

Une ermite qui, depuis peu, a sauté à bord du train déjà en marche des nouveaux médias. Ces médias si décriés, ces médias qui, selon plusieurs, pervertissent la langue, engourdissent la vie, déstabilisent l’univers social. Mais, aussi, ces médias qui permettent le partage des idées, la discussion, la confrontation. L’amitié, aussi. Ces médias qui font que ce monde ne sera plus jamais le même, qui aident les révolutions, qui sont même à l’origine de certaines d’entre elles.

Je veux en être.

Demain, le 30 avril, ce blogue aura un an. Grâce à lui, j’ai approfondi le plaisir de partager et, surtout, j’ai découvert le plaisir d’écrire. Je commencerai d’ailleurs sous peu l’écriture d’un livre qui parlera, justement, entre autres, de ces nouveaux médias… En tous cas®, pour le moment, je tiens à remercier tous mes lecteurs.

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9 réponses à Des nouveaux médias (récit autobiographique)…

  1. Catherine dit :

    Bonjour!
    Je vous lis depuis peu, j’ai découvert votre blogue il y a quelques semaines via votre compte twitter, mais je voulais simplement vous dire que j’apprécie beaucoup ce que je trouve ici.
    Il s’agit maintenant pour moi d’un blogue incontournable pour comprendre et s’interroger sur la langue.
    Merci d’y consacrer du temps.
    :)

  2. Anne-Marie Beaudoin-Bégin dit :

    C’est à mon tour de vous remercier! Ce commentaire me touche beaucoup. Je suis une grande insécure (sic!) et ce genre de propos me fait beaucoup de bien…

  3. stéphanie dit :

    Je vous découvre aujourd’hui et je tiens à vous dire combien j’apprécie. Ce billet en particulier, je m’y reconnais. J’ai erré longtemps d’un bac/programme à l’autre – de la médecine à l’histoire en passant par les études internationales et le journalisme. Mais j’ai appris et j’ai trouvé. Je ne changerais rien à mon parcours, vous devriez célébrer le vôtre. Il vous a fourni une compréhension globale et critique qui est manifeste dans vos communications. C’est ce qui pousse ceux qui vous lisent à plus de rigueur, plus de curiosité envers la langue. C’est le cadeau que vous nous offrez. Merci !

  4. Jeff Smith dit :

    Tiens, mes oreilles ont silé soudaintement! 😉 À moi l’honneur!

  5. De mon côté je me suis décroché un baccalauréat en linguistique à l’ UQTR, — ah! les belles soirées que j’ai passées à Trois-Rivières, du temps que j’étais jeune, beau et immortel! — puis j’ai fait ma scolarité de maîtrise en neurolinguistique à l’ université de Montréal, — ma ville à moé, ousque chu né pis ousque j’ai grandi, — mais j’ai décroché avant de pondre un mémoire.
    J’ai pondu de la poésie et des romans au lieu. Hé oui.

  6. Victor dit :

    Comme plusieurs autres, j’ai découvert ce blogue grâce à votre lettre de René Lévesque et votre confession-manifeste contre le cynisme.

    J’ai découvert ici beaucoup de choses qui correspondaient à merveille à mes opinions et intuitions au sujet de la langue, avec en prime des mots spécifiques, des raisonnements mûris, et d’excellents exemples et anecdotes. Le tout enrubanné de fun et d’intelligence.

    Je vous lève mon chapeau!

  7. Anne-Marie Beaudoin-Bégin dit :

    Merci infiniment!

  8. Suzie dit :

    Votre billet date déjà de quelques jours, mais je voulais tout de même prendre le temps de vous laisser un mot. En janvier (je crois) M. Jean-François Lisée a reproduit votre lettre à René Lévesque et cela incluait un lien vers votre blogue, que j’étais venue voir brièvement alors, sans avoir le temps de m’y attarder – mais je l’avais gardé dans mes favoris.
    Ce soir j’ai pris le temps de lire une bonne partie de vos billets et je tenais à vous dire que j’ai beaucoup apprécié vos propos, et que c’est un plaisir de vous lire; j’ai été aussi beaucoup impressionnée par la qualité des commentaires et des discussions. Rares sont les lieux d’échange sur Internet où on a l’occasion de voir qu’il y a, encore, des gens qui connaissent le sens du mot « nuance. »
    J’ai l’intention, désormais, de visiter régulièrement votre blogue.
    Chapeau!

  9. Anne-Marie Beaudoin-Bégin dit :

    Merci beaucoup, tous, pour ces commentaires qui me vont droit au coeur.

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