Des cyniques à la Bombardier…

Depuis sa parution, le 28 avril dernier, cet article de Denise Bombardier me hante. On peut y lire, en gros, que toute la mouvance sociale actuelle n’est que de la poudre aux yeux, du « faire accroire ».  Que la population québécoise se contrefiche éperdument de l’éducation universitaire, que les étudiants qui « s’autoflagellent » en se battant pour de l’argent n’ont rien compris au « dur principe de réalité ». Et que le gouvernement, apparemment, n’aurait pas manqué d’accepter le gel des frais de scolarité si ces étudiants étaient sagement rentrés en classe.

Même si je ne l’ai lu qu’en diagonal (il a servi de prétexte de procrastination durant mes corrections), ce texte me trouble.

C’est que je m’y suis reconnue, et que j’y ai reconnu plusieurs de mes amis. Il y a deux, trois ans, j’aurais applaudi à ce texte. Je l’aurais fait circuler, je l’aurais cité, j’en aurais fait mon credo. Ce texte illustre parfaitement le cynisme élitiste dont je faisais preuve alors, et dont j’ai parlé ici.

Madame Bombardier s’appuie sur des chiffres probants pour affirmer que les Québécois n’ont rien à cirer des intellectuels et de leurs universités. Soit. Qui suis-je pour contredire ces chiffres? Mais, dites, une fois qu’on les a énoncés, ces chiffres, que fait-on? On constate, on déplore, on critique, on condamne, on se plaint… puis? Comment sort-on de ce marasme? La société québécoise ne réussit pas à transmettre « le goût d’apprendre, le désir du dépassement de soi, la curiosité intellectuelle, l’ambition ». Que pourrait-on faire pour améliorer la situation?

Madame Bombardier déplore le fait que le débat porte sur l’argent et non sur la qualité de la formation. Je ne sais si elle espère que des étudiants manifestent pour réclamer de meilleurs programmes. Je sais, par contre, que si les Québécois sont tels qu’elle les décrit, et que pour eux, l’éducation n’est « qu’une valeur de façade qu’on fait brandir comme le drapeau ou la langue* », ils se ficheraient éperdument de ces étudiants idéalistes!

Que faire, alors, pour parler d’éducation? Que faire pour que l’éducation devienne le sujet principal des médias? Que faire pour que ces Québécois si avides de « sensationnalisme tendance pop branché » voient que quelque chose doit changer?

Pourquoi ne pas se servir de l’argent comme prétexte? Pourquoi ne pas se servir de la hausse des frais de scolarité comme d’un tremplin à un idéal plus complexe? Pourquoi ne pas sortir dans les rues?

Sortir dans les rues, et faire en sorte que la question de l’enseignement universitaire soit sur toutes les lèvres. Sortir dans les rues, et scander des slogans d’intellectuels, des slogans de « snobs et [de] prétentieux ». Sortir dans les rues, et dire à tous les Québécois qui ne croient pas que l’éducation est une perte de temps (car ils existent, et sont étonnamment plus nombreux qu’on le croit) de s’exprimer, de parler… de sortir dans les rues! Et de faire mentir les cyniques à la Bombardier, dont j’ai déjà fait partie.

Entre la peu plausible hypothèse que le gouvernement aurait accepté le gel si les étudiants avaient cessé la grève, et celle que les étudiants réussiront à changer les choses en sortant dans la rue, le choix est facile: il est le même que celui pour lequel ont opté les  libertins devant le pari de Blaise Pascal.


*Je ne me prononcerai pas sur les positions de Denise Bombardier au sujet la langue au Québec. Mes lecteurs n’ont qu’à rechercher le mot puriste dans ce blogue pour en comprendre la teneur.

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Une réponse à Des cyniques à la Bombardier…

  1. Victor dit :

    Bombardier a probablement fait autant de tort à l’intellectualisme du peuple québécois que toutes les radio-poubelles réunies.

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