De la loi 101 au collégial…

La relation entre le Québec et la langue anglaise n’est pas de tout repos. On pourrait même dire qu’il s’agit d’une relation amour-haine, avec toutes les contradictions que cela implique. C’est qu’au Québec, l’anglais est perçu de deux manière distinctes, voire contradictoires.

D’un côté, l’anglais est vu comme la langue de l’envahisseur, du colonisateur. Ce colonisateur qui a, à plusieurs reprises, juré d’assimiler la communauté francophone.  C’est aussi la langue de la majorité de la population du continent nord-américain. Le réflexe historique des Québécois, donc, en est un de défense et de méfiance.

De l’autre côté, l’anglais est la langue internationale, la lingua franca, cette langue qu’on n’a pas le choix de connaître pour faire partie de la modernité. C’est la langue des nouvelles communications, la langue de la mondialisation. Refuser l’anglais, c’est se couper du reste du monde.

Avant la loi 101, les couples désireux de donner un avenir meilleur à leurs enfants les inscrivaient dans des écoles anglaises, puisqu’avant la loi 101, c’était en anglais qu’au Québec, on pouvait le plus aspirer au bonheur. Car le francophone pouvait difficilement rêver à autre chose que de faire partie de la main-d’œuvre bon marché, du cheap labor. Les patrons parlaient anglais, la vie de qualité se faisait en anglais. Situation normale issue de l’opposition vainqueur / vaincu.

C’est la loi 101 qui a sauvé le français au Québec. C’est la loi 101 qui a permis aux Québécois d’être heureux, dans toutes les sphères de leur vie, en français. C’est la loi 101 qui a fait en sorte que les Québécois puissent être éduqués en français, qu’ils puissent avoir accès aux services en français, à la culture en français et, surtout, à un travail de qualité en français. C’est la loi 101 qui a renversé la vapeur, qui a fait en sorte que le Québécois francophone puisse accoter l’anglophone dans la poursuite du bonheur. Grâce à la loi 101, l’opposition vainqueur / vaincu s’est estompée. La langue de l’envahisseur a perdu de sa puissance.

Place, maintenant, à la langue internationale. Aujourd’hui, l’anglais que les jeunes désirent apprendre n’est pas celui des patrons riches, c’est plutôt celui de la modernité.

La volonté d’élargir les tentacules de la loi 101 dans les cégeps en fait réagir plusieurs. Selon ces gens, on voudrait brimer les jeunes adultes dans leurs choix, on voudrait les empêcher d’apprendre la langue de la modernité.

Balivernes.

On peut très bien étudier l’anglais sans étudier en anglais. On peut très bien avoir accès à la modernité et à la langue internationale sans faire ses études dans cette langue. Je connais des dizaines de personnes qui ont des emplois des plus prestigieux, qui parlent parfaitement l’anglais, et qui ont fait toutes leurs études en français.

Aller à l’école, ce n’est pas seulement se préparer au marché du travail, et les cégeps sont bien plus que des institutions à fabriquer de futurs travailleurs. Si c’était le cas, pourquoi offrirait-on des cours de philosophie et de littérature? Pourquoi offrirait-on des cours de sociologie? Pourquoi offrirait-on des formations en arts et lettres ou en sciences humaines? Pourquoi n’offrirait-on pas uniquement des cours de sciences ou des cours techniques?

Parce que le rôle des cégeps est non seulement d’offrir des connaissances pratiques, mais aussi d’ouvrir les portes de la réflexion et de la culture.

Les jeunes qui fréquentent les cégeps anglophones sont baignés dans la culture anglophone, et ils apprennent à réfléchir en anglais. Ces cégeps ne sont certes pas mauvais en soi, et mon but ici n’est pas de critiquer la qualité de l’éducation qui y est dispensée.

Mais qui dit culture et réflexion dit identité.

Et l’identité n’a rien à voir avec la langue internationale. J’ai dit plus haut que la langue de l’envahisseur avait perdu de sa puissance. Prenons garde à ce qu’elle ne la regagne pas, cette puissance, en se faisant passer pour la lingua franca.

De toute façon, les jeunes qui sortent des cégeps anglais se trouvent-ils vraiment de meilleurs emplois? Sont-ils vraiment favorisés?

Et, entre vous et moi, est-ce vraiment pour pouvoir aspirer à un meilleur avenir que certains francophones souhaitent, dès le cégep, étudier en anglais? Ou n’est-ce pas plutôt une capitulation symptomatique d’une profonde insécurité linguistique?

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7 réponses à De la loi 101 au collégial…

  1. BM dit :

    Question : «réfléchir en anglais», qu’est-ce que c’est ?

  2. Anne-Marie Beaudoin-Bégin dit :

    En gros, c’est analyser des idées, décortiquer des concepts, bâtir une argumentation, et ce, en anglais…

  3. André Lacombe-Gosselin dit :

    Pistes de réflexion pour une politique linguistique au Québec.
    Il importe de bien distinguer et séparer ces 2 concepts et leurs conséquences:
    1º Individus: Liberté totale d’appendre, de lire et de parler AUTANT de langues que leur cervelle et leurs ambitions internationales peuvent en assimiler – mais à leurs frais bien évidemment. Tout l’argent public investi va exclusivement pour la FRANCOPHONIE tant individuelle qu’institutionnelle.
    2º État/Institutions/Collectivité globale: Au Québec c’est en Français; au Nouveau Brunswick: Anglais-Français (bilinguisme institutionnel constamment menacé d’anglicisation); ROC & USA : anglais dominant et francophobie institutionnelle généralisée au Canada; aux U.S.A. : unilinguisme anglophone institutionnel et multilinguisme individuel.
    C’est ça la réalité canadienne en 2012
    Et encore plus frappante avec Harper majoritaire.
    Immigrants: Choisissez d’abord dans quel contexte socio-politico-linguistique où vous voulez vivre et déménagez/habitez là où ça vous convient présentement en faisant le bilan des avantages et des inconvénients pour vous et votre famille. La terre d’accueil vous acceptera si vous faites tous les efforts nécessaires pour vous y enraciner. C’est un pari mutuel gagnant-gagnant.
    Natifs du Québec: Que le gouvernement et TOUTES les institutions PUBLIQUES établies en territoire québécois soient francophones & francophiles… ce qui malheureusement n’est pas possible dans la fédération de CONS… actuelle canadienne et surtout pas avec les gouvernements provinciaux mollassons que nous avons depuis 20-25 ans au Québec, notamment avec celui des derniers 9 ans de John James Charest.
    L’histoire récente et ancienne démontre clairement la réduction constante et progressive des francophones au Canada (FRANCOPHONES : 60% en 1840 – Acte d’Union & Rapport Durham / environ 22% en 2011) et ça se passe actuellement au Québec malgré les lois linguistiques adoptées majoritairement à l’Assemblée Nationale du Québec (1970 Charte de la Langue française appelée loi 101), mais privées progressivement de leurs effets contraignants sur la MINORITÉ anglophone québécoise… laquelle voudrait bien profiter au maximum des « PRIVILÈGES » que leur donne le Québec comparativement à ceux consentis de mauvaise grâce aux francophones du ROC, incluant ceux du Nouveau-Brunswick. Là, « C’est du bilinguisme d’apparat sans volonté politique affirmée et efficiente ». Les quelques anglo-québécois revendicateurs actuels se considèrent toujours comme les CONQUÉRANTS orangistes de 1759-60. Dommage pour eux!… en espérant qu’ils comprennent rapidement NOTRE position majoritaire, sinon ils n’ont qu’à DÉMÉNAGER ailleurs au Canada ou aux USA s’ils se croient « persécutés ou discriminés au Québec »… Ils l’ont bien cherché et mérité par leurs attitudes et leurs comportements francophobes depuis déjà bien trop longtemps. Les Québécois sont tannés de jouer les « moutons bonasses et serviles ».
    L’INDÉPENDANCE POLITIQUE du Québec est LA SEULE SOLUTION pour contrer la disparition génocidaire et sournoise de la NATION QUÉBÉCOISE FRANCOPHONE et ce, à plus ou moins longue échéance au Québec, au Canada et en Amérique du Nord.
    NOTRE PAYS FRANCOPHONE, NOUS L’AURONS! Et le plus tôt sera le mieux par l’UNION de toutes les FORCES souverainistes du Québec. Préparons-nous y dès MAINTENANT ! Le 4 septembre, enfin et pour toujours : « MAÎTRES chez NOUS! »

    André Lacombe-Gosselin, le joyeux retraité de Mazatlán.
    « Mieux vaut mourir debout que de passer le reste de sa vie à genoux » (E. Zapata)

  4. Je suis natif du West-Island ou de l’ouest de l’île de Montréal, dans la Municipalité de Roxboro aujourd’hui quartier Roxboro-Pierrefonds. Lorsque j’étais jeune, malgré que nous étions majoritaire, environ 60 à 80 % des habitants de l’île de Montréal. Lorsque nous-nous adressions à un anglophone, nous-nous faisions fréquemment répondre « Speack White ». Comme quoi même si nous étions majoritaire et chez-nous, nous devions nous soumettre à leurs coutumes à eux. Je me suis même fais cracher dans la bouche par 3 d’entre eux qui avait 2 1/2, 3 ans de plus que moi lorsque j’avais 4 1/2 ans. En m’étant fais dire «With that spit, you will speak white, one of those days».
    Alors à celui qui se demande ce que c’est que la façon de penser ou d’agir de la communauté anglophone, ça ressemble à ça.

  5. Pour des considérations identitaires, j’étais favorable à l’application des dispositions de la loi 101 au collégial mais votre remarquable synthèse vient de me fournir un argument des plus convaincants. Notre système de cégep contient un corps commun de cours «citoyen» (philosophie, anglais, français et éducation physique si ma mémoire est bonne). Il n’est que logique que dans une société où la vie publique se veut francophone, l’enseignement citoyen soit divulgué en français.

    Ceci dit, puisque l’actuelle Charte de la langue française refuse et, je l’espère, refusera toujours d’habiller l’un en déshabillant l’autre, les droits linguistiques des Anglo-Québécois n’en souffriront pas. Chercher à créer un régime d’assimilation pour cette communauté liée de façon irrévocable à notre identité ne serait guère se montrer meilleur que le colonisateur, quoiqu’en pense de nos concitoyens d’origine «pure laine» (aparté : combien j’aimerais que se répande l’expression «laurentienne» pour qualifier la souche ethnique blanche francophone issue de la colonisation française des rives du Saint-Laurent plutôt que de se reporter sur des formules alambiquées et approximatives).

  6. Rhodia dit :

    On apprend mieux une langue en l’utilisant pour autre chose. Dans le reste du Canada les anglophones qui parlent français le mieux sont ceux qui ont fait leurs études en « immersion française ». Moi j’ai fait l’immersion tardive qui commençait en sixième année. Cette année-là on a tout fait en français: l’histoire, les maths, les sciences, etc. On n’avait pas de cours d’anglais langue maternelle. Rendus en neuvième année (= secondaire 3) c’était environ la moitié de nos cours en français. En 12e année on n’avait plus que notre cours de français qui était en français. Mais ça marche! On ne faisait pas qu’apprendre des choses par coeur: on se servait du français pour communiquer. Ça donne des gens qui sont capables de parler couramment, d’écrire sur toutes sortes de sujets qui n’auraient pas été abordés dans un cours de français. Il me semble que c’est la même chose pour les jeunes francophones qui viennent étudier dans les cégeps anglophones, mais c’est encore mieux: ils ont la chance de côtoyer des jeunes anglophones et d’avoir une vie sociale bilingue. En Colombie-Britannique nous les élèves en immersion française ne parlions jamais avec des francophones à part certains de nos enseignants.

  7. Anne-Marie Beaudoin-Bégin dit :

    Ce que vous dites n’est pas faux. Mais l’anglais en Colombie-Britannique n’est pas menacé par le français. C’est là toute la différence.

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