De l’importance de la norme prescriptive…

Le reproche qu’on fait le plus souvent aux linguistes descriptifs comme moi est que nous acceptons tout, que nous ne trouvons rien de mauvais, et que si on nous écoutait, le diable serait aux vaches. Antoine Robitaille m’a déjà même traitée de soixante-huitarde parce que, apparemment, j’interdisais d’interdire. Évidemment, il n’en est rien, et je l’ai dit à plusieurs reprises.

J’ai décidé de relever, dans mes archives blogales (ou bloguiques, c’est comme vous le sentez, j’invente le mot, alors on peut laisser le diable aller aux vaches à sa guise…), les principaux passages où je dis que la norme prescriptive est essentielle. À l’avenir, je me servirai de ce billet pour répondre à ce reproche qui, soit dit en passant, n’est pas bien original. C’est le reproche classique que le puriste sort lorsqu’il n’a plus d’argument logique…

De l’arbitraire de la norme… (30 avril 2011)
La norme prescriptive est utile en langue en ce qu’elle met les balises à ce à quoi la société donne une valeur positive.

Des anglicismes… (6 mai 2011)
Bien que j’aie quelques réserves au sujet de la pertinence de ces critiques, rien ne me permet de contester le principe même de la critique normative. Du moment que l’on accepte qu’une valeur sociale positive est accordée à un registre de langue donné, on se doit d’accepter que certaines règles le régissent pour le distinguer des autres, moins valorisés, et ce, que l’on soit d’accord ou non avec les critiques elles-mêmes.

De l’« honnête homme » et de la norme… (24 janvier 2012)
Cependant, le fait d’être linguiste descriptif ne veut pas dire pour autant celui de nier l’importance de la norme. Au contraire! Si la société accorde une valeur positive à certaines formes, il est primordial que ces formes soient régies par un système de règles plus ou moins strictes.

De l’épique pathétique… (3 février 2012)
Bien que je trouve que les critères selon lesquels la norme est imposée sont discutables, je n’ai rien contre l’imposition de cette norme.

De la pseudo-logique des condamnations lexicales… (11 juillet 2012)
Je l’ai déjà dit: la norme prescriptive est essentielle. Des mots doivent être condamnés. Dès que l’on accorde une valeur sociale à certaines formes, on ne peut tout accepter. Il faut bien trancher quelque part.

Voilà.

La norme prescriptive, donc, est essentielle. Mais elle n’est pas immuable. Et l’on ne doit pas perdre de vue que cette norme n’est rien de plus qu’une norme sociale parmi tant d’autres. Et qu’elle ne saurait être valable dans toutes les situations. Croire le contraire, c’est être puriste. Et je ne discute pas avec les puristes, car « le purisme linguistique est un dogme. Avoir une discussion avec un puriste, c’est comme tenter d’expliquer à un croyant que Dieu n’existe pas… » (Du purisme…, 25 septembre 2011).

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4 réponses à De l’importance de la norme prescriptive…

  1. Marc dit :

    Cette réplique à vos détracteurs est bienvenue, mais elle m’inspire la question suivante: en quoi est-ce utile et essentiel dans une société de connoter positivement certaines formes du langage ?

    Dit autrement en poussant le raisonnement jusqu’au bout: en quoi la Société doit-elle se réjouir de l’existence d’une norme langagière qui autorise quiconque l’emploie à se considérer supérieur aux autres ?

  2. Anne-Marie Beaudoin-Bégin dit :

    La standardisation, qui mène à l’élimination de la variation, a beaucoup d’avantages. D’une part, elle assure la communication sans risque d’incompréhension, tout le monde ayant le même standard. C’est également beaucoup plus fonctionnel, ne serait-ce que d’un point de vue bureaucratique. D’autre part, les sociétés qui possèdent une langue standard on tendance à s’identifier à ce standard: il fait partie de leur identité.

    Le standard sert également de carte de visite, en quelque sorte. Si vous occupez une charge importante, vous vous devez de maîtriser ce standard. Si vous ne le faites pas, c’est que vous ne méritez pas cette charge. Bon, c’est beaucoup plus compliqué que ça dans les faits, soit. Mais l’image est quand même parlante.

    Par ailleurs, dans toutes les sociétés, il y a toujours une élite, des gens considérés comme «supérieurs», pour quelque raison que ce soit. La capacité à chasser le mammouth, la naissance, la richesse, l’instruction, etc. On n’en sort pas, c’est ainsi que la société fonctionne. D’ailleurs, la langue valorisée est TOUJOURS celle des classes dirigeantes:

    Dans toutes les communautés, la variété linguistique prestigieuse (celle qui est évaluée positivement) est la langue des élites, des groupes influents et puissants sur les plans culturel, économique et politique. Inversement, la langue du peuple est toujours évaluée négativement; elle est considérée comme grossière et inapte à l’expression de tout ce qui ne touche pas au quotidien le plus concret. […] la variété de langue qu’utilise le groupe le plus influent s’impose comme standard à l’ensemble des locuteurs de cette langue; c’est la raison pour laquelle le parler des ouvriers ou des paysans n’a aucune chance de s’imposer.

    (LAFOREST, Marty (2002), « Attitudes, préjugés et opinions sur la langue », dans Claude Verreault, Louis Mercier et Thomas Lavoie, (publié par), Le français, une langue à apprivoiser. Textes des conférences prononcées au Musée de la civilisation (Québec, 2000-2001) dans le cadre de l’exposition Une grande langue, le français dans tous ses états, PUL, p. 85.)

    C’est donc plus ou moins inconsciemment que les communautés linguistiques se dotent d’un standard. On ne se dit pas: «tiens, notre vie irait mieux si on avait un standard de langue!» Cela se fait un peu naturellement. On adopte la langue des élites comme standard, et c’est cette langue qu’on s’emploie à décrire dans les ouvrages de référence.

    Est-ce que cela répond à votre question?

  3. Marc dit :

    Oui merci: je m’étais fourvoyé sur le sens d' »utile » …

  4. Denis Plante dit :

     »La norme prescriptive, donc, est essentielle. Mais elle n’est pas immuable. Et l’on ne doit pas perdre de vue que cette norme n’est rien de plus qu’une norme sociale parmi tant d’autres. Et qu’elle ne saurait être valable dans toutes les situations. Croire le contraire, c’est être puriste.  »

    C’est trop beau! Rien à dire…
    Ah pis non. Moi, si j’étais vous, je regarderais au-dessus de ma tête afin de m’assurer qu’il n’y ait pas une épée suspendue…ah ah!

    Bonne journée.

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