De la nécessité de communiquer avec la Francophonie…

J’ignore si les gens qui argumentent avec moi sur les sujets dont je traite dans ce blogue le savent, mais la majorité de leurs arguments sont éculés au point d’en devenir banals. On brandit la menace de disparition du français, on associe le français québécois familier au misérabilisme, etc. C’est toujours la même rengaine.

Un lecteur a récemment laissé ce commentaire au sujet de l’expression bon matin:

Et vous savez également que si les Canadiens français et les Québécois continuent d’utiliser des tournures non idiomatiques, et de parler ou d’écrire en «traduidu», aucun francophone ou francophile ne nous comprendra en France, en Belgique, en Suisse, en Côte d’Ivoire, en Nouvelle-Calédonie, en Guinée française, en Martinique, au Liban, à Madagascar, aux Seychelles, au Sénégal, etc.

Cet argument, on me le sert habituellement quand on a épuisé tous les autres. Ici, le lecteur a pris soin de tirer une longue liste de pays où l’on parle français, pour, semble-t-il, donner de la force à son argumentaire, mais il est facile de trouver ce à quoi il fait référence: la sacro-sainte francophonie. Écoute! T’à coup qu’on parlerait pis que la Francophonie (avec une majuscule, s’il vous plaît) nous comprendrait pas!

Je pourrais m’arrêter et critiquer le concept même de francophonie, qui prend, selon les commentateurs, tellement de sens différents qu’on en perdrait son français. Pour beaucoup de Français, par exemple, la francophonie représente toutes les communautés francophones en-dehors de la France (un chercheur a déjà même utilisé le concept de français francophone dans un colloque, pour parler du français hors de France, c’est dire!). Pour d’autres personnes, la francophonie semble être tout ce qui n’est pas le Québec (voir à ce sujet les chroniques de Guy Bertrand qui, sur la seule base des données fournies par les ouvrages de référence, affirme que, si au Québec on dit ceci, partout ailleurs dans la francophonie, on dit cela).

Mais passons. Ce n’est pas là-dessus que je désire réfléchir.

Ce sur quoi je désire réfléchir est plutôt pourquoi, diantre, le locuteur québécois moyen devrait-il, dans son quotidien, se préoccuper que les mots qu’il utilise soient compris par les Martiniquais ou les Malgache!?! Pourquoi Denis, lorsqu’il discute avec son beau-frère Réjean, devrait-il faire attention pour que les mots qu’il emploie soient tous compris des Libanais ou des Sénégalais?

D’où vient cette idée que les Québécois devraient être toujours prêts à communiquer avec des gens qui parlent une autre variété de français que la leur? Et les autres membres de cette Francophonie, les Malgaches et les Sénégalais, se préoccupent-ils également de pouvoir communiquer avec, disons, les Québécois? Est-ce que les Australiens, dans leur quotidien, s’interrogent sur le fait que les Écossais puissent ne pas les comprendre?

Je l’ai déjà dit, mais je le redis. La langue française n’est pas un ensemble statique et immuable. En fait, comme je me plais à l’affirmer devant mes étudiants non francophones pour les faire paniquer un peu, la Langue Française n’existe pas. Il n’y a pas UNE langue française. Il y a DES langues françaises. Et c’est l’amalgame de toutes ces langues françaises qui donne la Langue Française. La meilleure image à laquelle je suis arrivée est celle de bulles de savons collées les unes aux autres (disons que c’est un savon spécial qui fait des bulles qui ne peuvent pas crever, d’accord?). Ça bouge, ça se promène, ça change, certaines bulles fusionnent avec d’autres, se séparent, reviennent, etc. Et le tout forme la langue française. Si une bulle se modifie, ça ne change pas l’ensemble.

Ce qui m’amène à la seconde partie du commentaire du lecteur que j’ai cité plus haut:

Nous parlons une langue internationale présente sur cinq continents. Les différences régionales, c’est bien, mais l’isolement linguistique total n’est pas la solution!

On se demandera peut-être pourquoi je prends la peine d’écrire tout un billet pour lui répondre. C’est que j’ai entendu ces commentaires tellement souvent, et je me suis rendu compte que je n’avais jamais parlé spécifiquement de cela dans mon blogue. Je ne tiendrai pas compte de la partie sur l’isolement linguistique total qui, à l’ère des communications, relève de la pure fiction.

Je m’attarderai sur l’idée qu’on parle une langue internationale et qu’il ne faudrait donc pas trop l’altérer, de peur de… quoi? Je ne sais pas trop, en fait. Qu’est-ce qui se passerait, disons, si les Français, les Belges, les Québécois, les Libanais, les Sénégalais et les Marocains se mettaient tous à parler un français différent? Rien! Absolument rien! C’est très facile de répondre à cette question, car c’est, en fait, la réalité. Les Français, les Belges, les Québécois, les Libanais, les Sénégalais et les Marocains parlent bel et bien tous un français différent. Comme les Écossais, les Anglais, les Canadiens, les Australiens et les Néo-Zélandais parlent tous un anglais différent, et comme les Mexicains, les Chiliens, les Colombiens, les Argentins et les Espagnols parlent tous un espagnol différent. Bienvenue dans le merveilleux monde des variétés de langue.

Je l’ai dit, c’est toujours la même rengaine. On parle une langue si prestigieuse, si belle, si géniale, si magnifique, si internationale, qu’il faut faire attention pour ne pas la salir et la briser avec nos grosses bouches sales de Québécois mal dégrossis…

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17 réponses à De la nécessité de communiquer avec la Francophonie…

  1. Marc Ethier dit :

    L’idée centrale de ces commentaires que vous recevez semble être que dans les autres pays francophones les gens parlent un français « standard » (ou, comme ils diraient probablement, parlent « bien ») tandis qu’au Québec seulement on a une langue qui diverge du standard. Je vois que vous parlez de Guy Bertrand (est-ce là Guy Bertrand l’avocat?) qui dans ses chroniques, « sur la seule base des données fournies par les ouvrages de référence, affirme que, si au Québec on dit ceci, partout ailleurs dans la francophonie, on dit cela ». Je n’ai pas lu ces chroniques, mais je connais le sentiment.

    C’est un peu comme les Québécois qui vont en France et qui s’extasient sur à quel point les gens parlent « bien » là-bas. Ils n’ont pas entendu les gens parler de meufs ou de beurs là-bas pourtant? Pas que j’aie nécessairement une objection contre ces termes, mais ce sont aussi des expressions populaires qui ne seront pas comprises par d’autres francophones, ou au moins ne le seraient pas si ce n’était de l’influence de la culture populaire française.

    Donc, en réalité, l’argument qu’on vous sert est que les francophones du monde entier peuvent utiliser un sous-ensemble du français internationalement compréhensible quand la situation l’exige, sauf les Québécois qui ne peuvent distinguer leur vocabulaire populaire du standard, ou qui ne maîtrisent pas suffisamment la langue formelle pour savoir l’utiliser. Ça pourrait être un argument crédible s’il y avait des preuves en ce sens, mais pour l’instant je n’en ai pas vu.

  2. Anne-Marie Beaudoin-Bégin dit :

    Non, ce n’est pas de Guy Bertrand l’avocat que je parle, mais bien de Guy Bertrand, le réviseur linguistique de Radio-Canada. Il tient une chronique: http://ici.radio-canada.ca/radio/francaisaumicro/. Je n’ai pas le temps tout de suite de faire la recherche (et le moteur de recherche du site est trop mal fait pour qu’on puisse y trouver francophonie dans les textes), mais je sais qu’il se sert souvent de l’argument «partout ailleurs dans la francophonie» pour justifier ses commentaires sur certains québécismes.

    Vous avez tout à fait raison. Beaucoup de Québécois sont très prompts à critiquer leur propre variété de langue, croyant être les seuls à utiliser des formes qui ne sont pas «standard». Et lorsqu’ils entendent des formes non standard dans la bouche d’autres francophones (comme meuf, justement), au lieu de penser que ces formes ne sont pas standard, ils pensent que c’est eux qui ne sont pas assez bons pour comprendre ces formes. Insécurité, quand tu nous tiens…

  3. Marc Ethier dit :

    Et lorsqu’ils entendent des formes non standard dans la bouche d’autres francophones (comme meuf, justement), au lieu de penser que ces formes ne sont pas standard, ils pensent que c’est eux qui ne sont pas assez bons pour comprendre ces formes. Insécurité, quand tu nous tiens…

    Je me demande si ça pourrait avoir quelque chose à voir avec le fait que les dictionnaires standard de la langue française sont produits en France et décrivent surtout la langue française telle qu’elle est parlée en France. Je pense que c’est sur votre blogue que j’ai lu que les Québécois francophones sont de très grands consommateurs de dictionnaires, et que c’est fort probablement un symptôme d’insécurité linguistique. On sait que quand le Larousse ou le Robert de la prochaine année sort sur les tablettes, on en parle beaucoup dans les médias au Québec, et surtout des nouveaux mots — et particulièrement des mots québécois — qui ont maintenant leur entrée dans le dictionnaire. Si, par exemple, banc de neige fait son entrée dans le Robert (aucune idée s’il y est présentement, mais c’est un exemple) on va avoir des experts qui vont en débattre dans les médias; un disant que c’est finalement un exemple d’ouverture de la part des lexicographes français aux réalités québécoises, l’autre qu’on aurait pu s’attendre à mieux de la part du Robert, que de reconnaître un tel mot (un anglicisme de surcroît!), qu’il ne faut pas diminuer les standards pour faire plaisir au peuple. Mais clairement pour les Québécois c’est très important si leurs mots sont dans le dictionnaire ou non, et forcément les éditeurs du Larousse et du Robert en sont conscients quand vient le temps de publiciser leurs dictionnaires au Québec. Je ne sais pas s’il y a d’autres pays où « l’arrivée des nouveaux dictionnaires » est un événement médiatique comme ça peut être au Québec.

    Par contre, il est fort probable que les termes de la langue populaire parlée en France se trouve dans les dictionnaires, parce que ce sont des dictionnaires français et qui (même si leurs éditeurs ne refusent certainement pas l’argent des Québécois) cherchent surtout à décrire la langue qui est parlée en France. Si quelqu’un pense que l’acceptabilité d’un mot est uniquement fonction de si ce mot est dans le dictionnaire ou non, c’est certain que cette personne va penser que les Français utilisent un langage foncièrement plus « acceptable » que les Québécois.

    Quant aux autres pays qui étaient mentionnés dans le commentaire que vous avez reçu (Côte-d’Ivoire, Nouvelle-Calédonie, Martinique, etc.), je soupçonne que très peu nombreux sont les Québécois qui savent vraiment comment la langue française y est utilisée. Même parmi ceux qui affirment qu’il faut pouvoir se faire comprendre des gens de là-bas.

  4. Bruno dit :

    Il est archirare qu’un Australien ne comprenne pas un Écossais, même s’il venait des Highlands, ou qu’un Californien ne comprenne pas un Anglais du pays de Galles. La principale difficulté sera assurément l’accent, que l’on surmonte en quelques heures une fois qu’on se fait l’oreille. Sinon, les rares Écossais (c’est votre exemple) qui parleront réellement la variante écossaise de l’anglais (et on oublie le scots) seront en mesure de changer de niveau de langue avec un étranger, pleinement conscients que leur parler quotidien ne sera pas compris du reste du monde anglophone. Dans le cas des Québécois, la difficulté est triple : l’accent et le vocabulaire, mais aussi le manque de conscience linguistique.

    Que ce soit clair : l’accent n’est aucunement un défaut; on peut bien parler avec l’accent qu’on veut! Les Français font sciemment la sourde oreille et c’est leur problème. Et, bien sûr, Denis a le droit d’utiliser le vocabulaire qu’il veut en s’entretenant avec son beau-frère Réjean, dans sa maison de Saint-Anne-des-Monts, on s’entend. Mais admettons que Réjean n’est capable de s’entretenir que dans un niveau de langue familier, qu’il n’est pas du tout conscient que sa façon de parler, sa syntaxe tantôt alambiquée, tantôt anglicisée lui vaudront un froncement de sourcils au Sénégal ou à Madagascar, admettons! Qu’arrive-t-il alors? Qu’arrive-t-il lorsque Roger de Chibougamau décide de se payer un voyage avec sa femme à Paris? à Bruxelles? à Ouagadougou? Car il est là le problème de beaucoup Québécois : l’absence de conscience «panfrancophone».

    Nous avons la chance de parler une langue internationale, comprise et parlée sur quatre continents, mais le genre de discours qui défend bec et ongles les lacunes linguistiques des Québécois ne fait qu’empêcher les Québécois de jouir de leur statut de peuple francophone.

    En ce qui concerne «bon matin», le meilleur argument contre son utilisation est le suivant :

    L’expression «bon matin» est absente de toutes les langues romanes de ce monde, que ce soit l’espagnol, le roumain ou le romanche. Les langues romanes séparent leur journée en deux : jour et soir. C’est ce qu’on appelle génie d’une langue : sa mentalité, sa vision des choses, son mode d’expression (aussi pluriel qu’il soit). En revanche, toutes les langues germaniques de ce monde comptent l’expression «bon matin», que ce soit l’anglais, le frison, le suédois, etc. Pourquoi? Parce que le génie des langues germaniques fait en sorte que l’on sépare la journée en trois : matin, après-midi, soir.

    Il y a dix ans, personne ou à peu près ne disait «bon matin». Pourquoi diantre ressentir soudainement le besoin de le dire? La réponse est simple : influence directe de l’anglais.

  5. Bruno dit :

    Pour ce qui des différences entre les diverses variantes de l’espagnol, elles sont beaucoup moins marquées que celles entre le français canadien et le français européen (que je ne qualifie pas de français standard, attention), et celles entre l’anglais américain et l’anglais néo-zélandais, par exemple, le sont encore moins.

    Le parallèle qui se rapproche le plus (mais pas entièrement) du contexte québécois, c’est sans doute la comparaison que l’on fait du Hochdeutsch (allemand dit «standard») au Schwizerdüütsch (suisse allemand).

  6. Victor dit :

    Je ne suis pas un spécialiste des questions linguistiques, et encore moins un passionné. Je m’intéressais au sujet épisodiquement, par curiosité intellectuelle, la plupart du temps pour enrager contre les stupidités qui s’y disent (j’ai une formation plutôt en sciences biologiques et en musique). Jusqu’à ce que je découvre ce blogue qui est devenu pour moi un rayon de soleil et de raison dans le ciel obscur(antiste?) des spécialistes en linguistiques.

    Je vous assure, du haut de mes trois décennies et quelques (ça fait en tout cas plus de 10 ans), que je dis «bon matin» le matin depuis que je sais parler, tout comme je dis d’ailleurs «bon midi» le midi.

    Oserais-je dire que le français est ma langue maternelle?

    Ou trouverais-je une famille linguistique quelque part entre le persan et le wolof, qui divise ses journées (et ses cheveux) en quatre, incluant le midi, et que ma langue maternelle n’est qu’un créole altéré par cette langue étrangère???

    LOL!!!

  7. Marc Ethier dit :

    Qu’arrive-t-il lorsque Roger de Chibougamau décide de se payer un voyage avec sa femme à Paris? à Bruxelles? à Ouagadougou?

    Mais est-ce que Roger de Chibougamau va vraiment parler à Bruxelles ou Ouagadougou de la même manière qu’il parlerait à Réjean à Ste-Anne-des-Monts? J’en doute, parce que moi je ne parle pas de la même manière dans toutes les situations de la vie. Et c’est pas uniquement une question de dans quel pays je suis : on ne parle pas de la même manière avec nos amis qu’au travail, qu’à une entrevue d’emploi, ou qu’à une entrevue à la télé.

    Et si on parle de Roger de Chibougamau qui n’est pas tellement éduqué, qui n’a pas tellement voyagé hors de son patelin et qui n’a jamais vraiment appris la diversité de la langue française — et qui n’a pas besoin de maîtriser de standard dans sa vie de tous les jours — je pense qu’il ferait face à l’étranger aux mêmes problèmes auxquels son homologue de Paris ou Ouagadougou ferait aussi face. (Celui de Paris aurait peut-être un avantage en vertu du fait que la langue populaire de France tend à être connue dans la francophonie — même si elle peut sembler très étrange — mais celui de Ouagadougou n’en aurait certainement pas.)

    Quant à « bon matin », bien, moi je dis que le français n’est pas de l’italien ni de l’espagnol. Est-ce que l’expression vient de l’influence de l’anglais? C’est fort possible, oui. Mais sérieusement c’est pas ça qui va m’empêcher de l’utiliser par peur de devenir assimilé sans m’en rendre compte. (Bien sûr, sachant que l’expression est condamnée par le standard, je ne l’utiliserai pas dans un contexte qui réclame l’utilisation d’une langue standard.)

  8. Anne-Marie Beaudoin-Bégin dit :

    «Il est archirare qu’un Australien ne comprenne pas un Écossais». C’est drôle, moi, tout récemment, j’ai lu plein de commentaires au sujet du nouveau Dr. Who, qui est joué par Peter Capaldi (un Écossais). Apparemment que les Américains ont besoin de sous-titres car ils ne comprennent pas ce qu’il dit parce que son accent écossais est trop prononcé. Je n’ai malheureusement pas de données sur l’Australie. En avez-vous? Je veux dire, vous devez bien avoir quelque chose pour appuyer une telle affirmation, non?

  9. Bruno dit :

    Pas de données, sauf anecdotiques de mon séjour en Écosse, de mes expériences professionnelles avec des Écossais et de mon entourage australien. Par contre, les Américains ont par ailleurs la gachette facile sur le doublage et les sous-titres, comme le font les Français pour les téléséries québécoises ou les Allemands pour les films suisses en langue allemande. C’est essentiellement du snobisme linguistique ou un manque d’ouverture. Peter Capaldi est d’ailleurs natif de Glasgow, où l’accent est particulièrement prononcé. 😉 Ça m’a aussi pris une certaine période d’adaption.

    Ce que j’affirmais, c’est que l’accent constituait la plus grande différence entre les multiples variantes de l’anglais, et non le lexique, mis à part quelques différences mineures dont le locuteur anglophone est généralement conscient. Les Australiens savent très bien leur «arvo» se dit «afternoon» ailleurs, mais combien de Québécois savent réellement que «boîte à malle» est non seulement un anglicisme (ou un archaïsme, c’est selon), mais aussi inutilisé ailleurs dans la francophonie?

    Pour revenir à l’anglais écossais, il est clairement riche sur le plan lexical et peut facilement s’éloigner de l’anglais britannique dit «standard». Ce n’est pas d’ailleurs pas pour rien que la pièce «Les Belles-Soeurs» a été adaptée en glaswegian en Écosse; les parallèles avec le joual sont bien là. Mais si l’on se fie à l’anglais que la plupart des Écossais parlent au quotidien, il n’y a nullement matière à sous-titres et ce n’est que très rarement de l’anglais écossais pur et dur. Bien sûr, si vous vous rendez sur les îles écossaises et parler à un pêcheur, ce sera une toute histoire… Les cas d’Écossais voyageant à l’étranger et ayant du mal à se faire compendre sont toutefois rares, à moins que l’on me prouve le contraire.

    Ni les réseaux américains ni les réseaux anglocanadiens n’ont quand même dû sous-titrer leurs reportages lors de la campagne référendaire en Écossse.

  10. Marc Ethier dit :

    Les Australiens savent très bien leur «arvo» se dit «afternoon» ailleurs, mais combien de Québécois savent réellement que «boîte à malle» est non seulement un anglicisme (ou un archaïsme, c’est selon), mais aussi inutilisé ailleurs dans la francophonie?

    Boîte à malle? Les Québécois sont pleinement conscients qu’il s’agit là d’une expression populaire, et en fait, j’ai bien l’impression, presque un archaïsme au Québec même. Pour ma part, je pense que vous allez entendre « boîte aux lettres » pas mal plus souvent au Québec. Et même si par malheur il y avait un Québécois qui pensait que c’était là l’expression utilisée dans toute la francophonie, est-ce que ça causerait plus que peut-être cinq secondes d’incompréhension face à un autre francophone? Ça commence à me faire penser au « boat à ouelles » d’Yvon Deschamps cette affaire-là! 😉

    Je vis à l’étranger présentement, et en toute honnêteté, si mes difficultés de communication se limitaient à avoir à clarifier quelques expressions une fois de temps en temps, je me sentirais vraiment choyé! Mais malheureusement ce n’est pas le cas. :)

    Faites le sondage, et on verra bien si les Québécois savent reconnaître les expressions du français populaire québécois qui ne sont pas utilisées ailleurs. (Et il faudrait bien aussi en même temps faire le sondage ailleurs dans la francophonie pour voir si les autres francophones eux savent reconnaître leurs expressions. Je sais que c’est très québécois que de s’imaginer que c’est bien évident qu’on est pas mal moins bons qu’ailleurs, mais j’aurais besoin d’un peu de données solides, je vous prie.) En fait, si vous me permettez une hypothèse, je pense que ce qu’on verrait surtout, ce sont les Québécois qualifier d’incorrectes des expressions utilisées au Québec, mais qui ne sont pourtant pas condamnées par la norme. Par insécurité linguistique, vous voyez.

  11. Bruno dit :

    Mon Dieu, ça n’a rien à voir avec le fait d’être moins bon que les autres francophones ou non. Ce n’est qu’une question de conscience linguistique. Jamais je n’ai dit que les Québécois francophones étaient inférieurs et jamais je n’ai mis le français européen sur un piédestal.

    Je pense que vous surestimez le nombre de Québécois qui disent consciemment «boîte à malle» tout en sachant qu’il s’agit d’un anglicisme. J’avais la même allusion lorsque je vivais à l’étranger, ne vous inquiétez pas.

    Le hic, c’est que les autres variantes du français parlées ailleurs dans la francophonie se rapprochent du français hexagonal à différents degrés, colonisation oblige. Oui, bien sûr, il existe des patois, l’influence de l’arabe au Maghreb, le sociolecte des jeunes libanais, etc. Mais la fondation du français ailleurs dans la francophonie, c’est le français européen et l’éducation des francophones/francophiles dans ces pays ou territoires, elle se fait en français européen ou du moins à saveur européenne. lls ont leurs expressions populaires, oui, mais jamais ils ne se feront parler en anglais à Paris, par exemple. 😉

  12. Bruno dit :

    *illusion!

    Je tape trop vite.

  13. Marc Ethier dit :

    Conscience linguistique? Le Québec n’est pas isolé du reste du monde, vous savez. Les Québécois ont conscience qu’ils parlent français, et qu’il y a d’autre monde qui parle français aussi.

    C’est pas trop compliqué. Au Québec, on a peur de l’assimilation, et on se fait répéter que d’utiliser des anglicismes, c’est ou bien la cause ou bien un symptôme de l’assimilation. Alors on pratique la chasse aux anglicismes, que ce soient emprunts, calques de l’anglais, ou même expressions qui peut-être peuvent avoir l’anglais comme origine même si on n’a pas de preuves de ça, ou même s’il y a des preuves du contraire si on se donnait la peine de chercher un peu. Et on considère les anglicismes comme des déviations par rapport à la norme plus « déviantes » que les autres, si vous voulez, parce que vous savez : l’assimilation, cette épée de Damoclès qui attend juste qu’on baisse notre garde. Même quand les Québécois critiquent le français parlé en France, ce qu’ils critiquent c’est généralement l’usage d’anglicismes qui ne sont pas usités au Québec. Parce qu’on leur a appris que c’est ça qui est dangereux.

    Et malheureusement le français familier du Québec est influencé par l’anglais, en raison de la proximité de pays anglophones. Cette influence va jusqu’aux termes de la vie quotidienne, et pas uniquement aux termes qui ont un certain cachet et où l’anglais donne une saveur plus « cosmopolitaine », comme ça peut être le cas dans d’autres pays. Les Québécois se fichent que le français parlé au Liban puisse être influencé par l’arabe, ou que ceux parlés en Afrique portent les traces des langues maternelles de leurs locuteurs. C’est l’anglais qui est dangereux. Et ces variétés de français ne portent pas la marque de l’influence anglophone.

    Maintenant, est-ce que l’usage d’anglicismes est effectivement la cause ou le symptôme de l’assimilation? La cause, c’est peu probable. Le symptôme, peut-être, mais pas nécessairement. Les Québécois anglophones parlent un anglais qui est pour des raisons évidentes marqué par le français québécois. Est-ce qu’ils sont en train de s’assimiler? J’en doute fort. (Et je ne saurais dire s’ils se font parler en français ou en anglais à Paris.) 😉

    Pour le reste, bien, on n’a que très peu de données solides. Est-ce que les Québécois ont « conscience » des différents registres de langue qui existent et de l’usage qu’ils en font, et est-ce que cette conscience se compare à celle des francophones d’autres pays? Je n’en sais rien, et je pense que personne d’autre ici non plus. On fait juste soupçonner que peut-être les Québécois ne réalisent pas que boîte à malle ça ne se dit pas ailleurs. En l’absence de données je ne suis pas convaincu que cette discussion portera réellement fruit.

  14. Bruno dit :

    Vous mélangez un peu les choses…

    Oui, il y a parfois du zèle dans la chasse aux anglicismes, mais elle est généralement justifiée.

    Et oui, effectivement, l’assimilation est bel et bien l’épée de Damoclès qui nous pend au-dessus de la tête. Pourquoi? Parce que sur le plan purement démographique et linguistique, le français en Amérique du Nord est une langue faible et l’anglais, une langue forte. Un bilinguisme pratiqué tout croche, c’est-à-dire le franglais, c’est irrémédiablement donner la victoire à l’anglais sur un plateau d’argent. Voilà. C’est le sort que subissent (involontairement ou volontairement, ça dépend) les Acadiens et les Ontariens francophones, par exemple.

    Oui, les Québécois critiquent souvent les anglicismes employés en France, et c’est là la preuve qu’ils ne sont pas conscients de tous ceux qu’ils utilisent de leur côté de l’Atlantique. Le seul hic, c’est que les anglicismes en France sont surtout (pas tous) lexicaux, tandis que les anglicismes que l’on retrouve au Québec sont multiples : lexicaux, syntaxicaux, morphologiques, sémantiques, alouette. Ils sont beaucoup plus insidieux et viennent carrément tordre la structure même de la langue. Vrai, tout de même, que la fréquence des anglicismes en France augmente de plus en plus, mais c’est le cas aussi dans plusieurs pays d’Europe. L’Union européenne s’anglicise institutionnellement de toute façon.

    Quoi qu’il en soit, les Européens francophones jouissent de ce qu’on appellle une sécurité linguistique : un bassin de dizaines de millions de locuteurs francophones à proximité. Le Québec, lui, est pratiquement seul dans la mer anglophone et ne jouit d’aucune sécurité linguistique. Que l’anglais influence le français parlé dans un pays de 65 millions de personnes, sur continent comptant peut-être 75 millions de francophones, c’est une chose. C’en est une autre lorsque l’anglais atteint l’âme même d’une langue minoritaire en territoire nord-américain. Bref… on dit que c’est de l’évolution.

    En fait, au Liban, les autorités s’inquiétent plutôt davantage de la qualité de l’arabe parlé les jeunes, un arabe de plus en plus teinté de français et d’anglais, au point où les jeunes libanais ont du mal à formuler une phrase correcte dans leur langue maternelle. Le gouvernement libanais a même lancé une campagne de promotion de l’arabe il y a quelques années.

    L’anglais québécois contient effectivement des gallicismes, surtout chez les anglophones hors-Montréal. Or, ces anglophones jouissent tout de même d’une sécurité linguistique très solide, qu’elle soit phyisque ou virtuelle. Les États-Unis et le Canada anglophone sont à quelques de route ou d’avion à peine.

    Chez la famille d’un ami dans le Bas-Saint-Laurent, je me suis déjà fait demandé si j’étais Français parce que j’avais dit «Bonsoir» à tout le monde (et non le «Bonjour» tous azimuts souvent entendu au Québec) en me présentant. Il paraît que ma prononciation du mot était aussi trop européenne pour un Québécois…

  15. Bruno dit :

    quelques heures*

    fait demander*

    Je dois me relire. Je sais.

  16. Victor dit :

    «Bon matin» est aussi français que «bon déjeuner», «bon midi» ou «bon film»!

    Ce sont deux mots français qui peuvent s’agencer ensemble. Où est l’erreur??

    M. Bruno, est-ce qu’un jour, nous ne pourront plus dire «je vous aime» parce que ça serait devenu un calque de l’anglais «I love you»???

    Je connais les pressions que le français du Québec doit combattre pour survivre, elles sont démographiques, culturelles, politiques, économiques… Mais l’effort devrait être mis pour encourager les francophones à parler français le plus possible, à se faire servir en français, à encourager et féliciter des allophones à s’exprimer en français, à «parrainer» un apprenant du français dans son milieu social ou au travail, etc.

    Faire la chasse aux «bon matin» me semble pire qu’inutile, mais carrément nuisible et stupide (sauf votre respect). Nuisible parce que (1) ça détourne des énergies qui serait vitales ailleurs, (2) ça écœure bien des gens de la langue française et de l’idée même d’essayer de la maîtriser et (3) ça traite la langue comme si elle était une relique, donc déjà une langue morte, bonne pour le musée. Stupide parce que «Bon matin», et un paquet d’autres mots et expressions injustement placées sur le banc des accusés, respectent entièrement et complètement les règles du français.

    Je dis «règles» parce que nous ne nous entendrons certainement jamais sur ce en quoi consiste «l’âme du français», mais disons simplement que le français est apparu et s’est développé alors que moins de 1% de la population savait écrire. Il a perduré et prospéré pendant des siècles alors que les règles de l’écrit étaient plus que floues (la seule règle semble a voir été «est-ce qu’un autre francophone lettré peut deviner ce que vous avez écrit? Si oui, c’est du français écrit). S’il existe quelque chose comme «l’âme du français» je ne peux pas croire qu’elle soit apparue avec sa codification, sa normalisation et sa règlementation que vous semblez chérir comme l’inspecteur Javert chérissait son code de loi qui lui tenait lieu de conscience et de morale.

    Et sur un autre sujet, je connais des québécois qui sont bien meilleurs pour communiquer avec toutes sortes d’autres francophones et de locuteurs d’autres langues et cultures que les français. J’ai plutôt l’impression subjective (elle vaut la vôtre, sans doute, en l’absence de données fiables), que les québécois sont bons semi-champions dans la maîtrise d’autres langues, patois et accents, l’adaptation rapide et efficace en contexte de voyage ou de rencontre interculturelles, bien loin devant la moyenne des francophones d’Europe.

  17. Anne-Marie Beaudoin-Bégin dit :

    Merci Alan! Ça me fait très plaisir que tu me dises ça!

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