De l’enseignement des règles…

Je suis sociolinguiste. Mes travaux et mes réflexions portent sur la relation entre les locuteurs et leur langue. Il m’arrive cependant d’enseigner les règles de la norme prescriptive. Compte tenu de ma formation de base, mon approche est différente de celle qui est habituellement adoptée. Je n’ai aucunement la prétention d’être meilleure que les autres. J’ai, par contre, la prétention de croire que mes réflexions peuvent contribuer au débat sur la qualité de la langue au Québec. On dit souvent que pour bien comprendre, il faut sortir de la boîte. Mais il ne faut pas seulement en sortir, il faut aussi l’analyser sous tous ses angles. Ce que je propose ici est l’un de ces angles. Continuer la lecture

Publié dans Linguistique, Société québécoise, Sociolinguistique | 9 commentaires

Des archaïsmes, des modes et du costume de bain…

On trouve, en français québécois, des formes qui sont disparues des ouvrages de référence, ou qui sont affublées de la marque vieilli*. Ces formes sont considérées comme des archaïsmes par la plupart des spécialistes. Mais sont-elles des fautes? Plusieurs le croient. Plusieurs spécialistes, en effet, justifient certaines condamnations en affirmant que les formes qu’ils condamnent sont vieillies**. Continuer la lecture

Publié dans Linguistique | 5 commentaires

De mon grand frère…

Hier, j’ai perdu mon grand frère. Il est mort dans la nuit, vers 1 h 20. Il aurait eu 40 ans en septembre.

C’est une saloperie de bactérie qui me l’a enlevé. Les médecins ont bien tenté de le sauver, en le dépeçant en petits morceaux, à mesure que la maladie gagnait du terrain, mais rien n’y fit. Cette saloperie était trop forte. En vérité, c’était du jamais vu. La bactérie mangeuse de chair ne réagit pas de cette manière habituellement. C’était un cas unique. Cette saloperie a profité de la singularité de mon grand frère pour se faire ses heures de gloire… Continuer la lecture

Publié dans Varia | 20 commentaires

De la phonétique historique et de Marianne qui s’en va t’au moulin…

Il arrive souvent qu’on me demande l’origine de certains traits de prononciation du français québécois.  Je réponds presque toujours que s’il est très difficile de connaître l’origine des phénomènes lexicaux (des mots, des locutions ou des sens), il est encore plus difficile de connaître l’origine des traits de prononciation.

Dans 300 ans, les historiens de la langue qui désireront connaître la manière de prononcer des Québécois du début du XXIe siècle auront la tâche facile: ils disposeront de documents sonores sur lesquels se baser pour forger leurs hypothèses, qui ne seront presque plus des hypothèses. Continuer la lecture

Publié dans Linguistique | 2 commentaires

Du sentiment d’appartenance des anciens Canadiens…

J’ai le souvenir qu’au secondaire, dans mes cours d’histoire, on présentait le Régime français (1608-1760) comme un éden perdu, comme un temps béni qui aurait pris fin à cause de la Conquête anglaise. On présentait la France comme la mère-patrie, et on nous faisait presque visualiser les Canadiens* du régime anglais regardant au loin et espérant le retour des bateaux français qui viendraient les libérer du Mal… Continuer la lecture

Publié dans Société québécoise, Sociolinguistique | Un commentaire

Du bilinguisme, du franglais et de la culture de masse…

J’ai un peu hésité avant de répondre à la supposée réponse qu’a servie Mélanie Robert à mon dernier billet. Il s’agissait en fait plus d’une réponse à l’excellent billet de Marie-Christine Lemieux-Couture, mais comme madame Robert met le lien vers mon blogue à la fin de son texte, je ne peux faire autrement que de me sentir « interpellée ». Continuer la lecture

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Des anglicismes, des italianismes et de la situation géo-politique québécoise…

Mélanie Robert a publié récemment un billet dans lequel elle dénonce le fait que les Québécois utilisent trop de mots anglais.

Je pourrais dire beaucoup de choses à propos de ce texte. Je pourrais, par exemple, critiquer les arguments qui relèvent des jugements de valeur: « Entre vous et moi, est-ce que bungalow est un beau mot? » Si l’on doit commencer à condamner les mots qui sont laids, on n’est sorti ni du bois, ni de l’auberge! Pneu, par exemple, est très laid. Et que dire de pistachier! Continuer la lecture

Publié dans Linguistique, Société québécoise, Sociolinguistique | 4 commentaires

Des normes linguistiques et des faits sociaux durkheimiens…

Il m’est arrivé à plusieurs reprises de comparer les règles de la norme prescriptive à celles du code vestimentaire. C’est ici que j’en ai parlé le plus en profondeur. J’ai en effet comparé le respect de certaines règles langagières, à priori illogiques, au port de la cravate. La métaphore de la cravate est très utile et très parlante. Elle permet en effet de mettre en lumière le fait que la norme prescriptive soit un consensus social, au même titre que le code vestimentaire. Continuer la lecture

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De la langue, des gens et de la langue des gens…

Je cogite ce billet depuis qu’un lecteur a commenté celui sur la médiocrité de la langue de la manière suivante:

[…] quelqu’un qui ne maîtrise pas une langue et la déstructure n’est ni artiste, ni un créateur, ni même un utilisateur. Pour moi, c’est un ignare. Des langues comme le franglais du Nouveau-Brunswick ne sont pas des langues, ce sont les marqueurs sociaux de l’assimilation lente et destructrice que ces gens vivent. Le franglais de cette région n’est ni un choix esthétique, ni un choix créatif, ni même un choix fonctionnel. C’est un non choix, une déstructuration d’une lointaine langue maternelle au profit de la langue de la société d’assimilation […].

Ce genre de commentaire me trouble profondément. Continuer la lecture

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Du québécois, des dialectes et de la roue des couleurs…

J’ai eu une intéressante conversation avec un Français durant les fêtes. Il se demandait pourquoi on ne pourrait pas dire que la langue que parlent les Québécois est simplement une autre langue que le français. J’ai d’abord été dubitative, car, habituellement, ceux qui tiennent ce genre de discours sont des puristes qui cherchent à discréditer la langue des Québécois en affirmant que ce n’est « même pas du français ». Ce discours a aussi été tenu par des anglophones à l’époque du rapport Durham: on justifiait le fait d’assimiler les Canadiens en arguant qu’ils ne parlaient qu’un patois désarticulé. Mais j’ai ensuite compris que la question était posée en toute bonne foi.

Dans le feu de l’action, et en bonne adepte de l’esprit de l’escalier, je n’ai pas su trouver des arguments qui me satisfaisaient. C’est en préparant mon cours d’histoire de la langue française et en réfléchissant sur une manière d’expliquer le concept de dialecte que je crois avoir trouvé.

Voici donc. Continuer la lecture

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